Origine et histoire
Le château de Bellevue, dit aussi château royal de Bellevue, fut édifié au milieu du XVIIIe siècle à Meudon (Hauts-de-Seine) pour Madame de Pompadour, favorite de Louis XV. Situé sur un plateau dominant la Seine, il offrait un panorama exceptionnel. Construit entre 1748 et 1750 par l’architecte Jean Cailleteau (dit Lassurance), assisté de Jean-Charles Garnier d’Isle pour les jardins, le domaine coûta 2,5 millions de livres, une somme colossale pour l’époque. Louis XV, fasciné par le projet, supervisa lui-même les travaux et y dîna régulièrement pendant le chantier. Le château, de style rocaille, devint un symbole du raffinement artistique de l’époque, avec des décors intérieurs signés par des maîtres comme Boucher, Van Loo et Falconet.
En 1757, Madame de Pompadour revendit Bellevue à Louis XV pour 325 000 livres. Le roi y fit réaliser des modifications intérieures par Ange-Jacques Gabriel, ajoutant des ailes et enrichissant les décors avec des œuvres de Caffieri, Rousseau et Fragonard. Bellevue devint l’une de ses résidences préférées, aux côtés de Choisy et Saint-Hubert. À la mort de Louis XV en 1774, le château fut attribué à ses filles, Mesdames Adélaïde, Sophie et Victoire, qui y introduisirent un style néo-classique et agrandirent les jardins, y ajoutant un hameau pittoresque inspiré de celui de Trianon.
La Révolution française marqua le déclin du domaine. Mesdames quittèrent Bellevue en 1791 pour émigrer en Italie, abandonnant une grande partie du mobilier. En 1794, la Convention nationale décida de conserver le domaine pour le peuple, mais il fut finalement transformé en caserne puis vendu à un particulier, M. Testu-Brissy, qui fit démolir une grande partie du château. Au XIXe siècle, le site fut loti, et des maisons bourgeoises remplacèrent les jardins et les bâtiments. Aujourd’hui, seuls quelques éléments subsistent, comme la glacière, la terrasse centrale, le pavillon de musique et des vestiges des jardins anglais, tous classés monuments historiques.
Le château de Bellevue se distinguait par son architecture innovante, mêlant intimité et grandeur. De plan carré et modeste pour une résidence royale, il était conçu comme une maison de plaisance, avec des décors intérieurs somptueux reflétant le goût de Madame de Pompadour et de Louis XV. Les jardins, dessinés par Garnier d’Isle, combinaient symétrie classique et paysages pittoresques, avec des fabriques et un hameau ajouté par Mesdames. Le domaine illustre l’évolution des styles artistiques, du rocaille au néo-classicisme, et témoigne de l’influence des favorites royales sur le patrimoine architectural français.
Parmi les artistes ayant contribué à Bellevue, on compte François Boucher, qui décora plusieurs pièces, dont le boudoir de Madame de Pompadour avec des scènes chinoises, et Carle Van Loo, auteur de tableaux pour le salon de compagnie. Les sculptures extérieures, comme celles de Guillaume Coustou et Pigalle, ornaient les jardins, tandis que les boiseries et menuiseries, réalisées par Jacques Verberckt, reflétaient un savoir-faire artisanal exceptionnel. Le théâtre « à la chinoise », les bains et la ménagerie complétaient cet ensemble, faisant de Bellevue un lieu de divertissement et de représentation du pouvoir royal.
La destruction progressive du château, dès le début du XIXe siècle, effaça une grande partie de ce patrimoine. Le lotissement du domaine en 1823, mené par M. Guillaume, transforma les anciennes terres royales en un quartier résidentiel. La gare de Bellevue, construite ultérieurement, rappelle l’emplacement de l’ancien château. Malgré ces pertes, les vestiges protégés, comme la grotte artificielle ou le pavillon des Gardes, permettent encore d’imaginer la splendeur passée de ce lieu, symbole de l’art de vivre à la cour de Louis XV et de l’héritage architectural des Lumières.