Origine et histoire de l'Abbaye des Vaux-de-Cernay
L’abbaye des Vaux-de-Cernay fut fondée en 1118 par l’abbé Artaud sous l’ordre de Savigny, sur un don de Simon III de Neauphle. D’abord construite en bois, elle fut reconstruite en pierre à partir de 1145 après des travaux d’assainissement. En 1147, son rattachement à Cîteaux en fit une abbaye cistercienne sous l’influence de Clairvaux. Les XIIe et XIIIe siècles marquèrent son apogée, avec des liens étroits avec la noblesse locale, la royauté (comme Louis IX) et la papauté. Guy des Vaux-de-Cernay, 6e abbé, devint évêque de Carcassonne après avoir participé à la croisade des Albigeois.
Au XIVe siècle, l’abbaye déclina en raison des guerres (Cent Ans) et des épidémies. Malgré des tentatives de restauration aux XVIe et XVIIe siècles, son passage en commende (1542) affaiblit son financement. Elle accueillit des figures comme Henri de Bourbon-Verneuil (fils illégitime d’Henri IV) ou Jean II Casimir Vasa, ancien roi de Pologne. Au XVIIIe siècle, des travaux majeurs (galerie sud, cloître) redonnèrent un éclat temporaire au monastère, avant sa dissolution brutale en 1791 pendant la Révolution. Les reliques de saint Thibaut furent brûlées, et les bâtiments vendus comme biens nationaux.
Au XIXe siècle, la baronne Charlotte de Rothschild racheta les ruines en 1873 et entreprit une restauration inspirée du style anglican, préservant les vestiges gothiques. Le domaine devint un lieu privé au XXe siècle, abritant même des statues de Versailles pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1988, il fut transformé en complexe hôtelier et touristique, avant d’être classé monument historique en 1994. Aujourd’hui, après une rénovation complète en 2023, il abrite un hôtel cinq étoiles de luxe.
L’architecture de l’abbaye se distingue par sa salle capitulaire de 80 mètres (l’une des plus grandes de France), son cloître Renaissance, et des dépendances comme la grange d’Ithe (XIIe siècle). Le site, situé dans la vallée de Chevreuse, fut aussi un lieu de tournage pour des films et séries (Thierry la Fronde, Emily in Paris). Ses archives, étudiées par la Société archéologique de Rambouillet, restent accessibles au public.
L’abbaye illustre les mutations des monuments religieux français : centre spirituel et intellectuel médiéval, propriété aristocratique post-révolutionnaire, puis patrimoine touristique contemporain. Son histoire reflète les bouleversements politiques (guerres, Révolution) et les recompositions sociales, tout en conservant une trace tangible du rayonnement cistercien en Île-de-France.