Origine et histoire du domaine de la Garenne Lemot
Le domaine de la Garenne‑Lemot s'étend sur les communes de Gétigné et Clisson (Loire‑Atlantique) et Cugand (Vendée), dans la vallée de la Sèvre nantaise. Il occupe un coteau en boucle de rivière, depuis les hauteurs en bordure de l'ancienne route nationale 149 jusqu'aux rives de la Sèvre, et couvre 13 hectares accessibles librement tous les jours. Créé au début du XIXe siècle par le sculpteur François‑Frédéric Lemot, le parc et ses bâtiments rendent hommage aux paysages et à l'architecture de l'Italie. Le domaine comprend une villa néo‑palladienne dominant la vallée, des bois et jardins ponctués de fabriques et de statues d'inspiration antique, ainsi que des maisons de jardinier et de portier de style italianisant.
À l'origine, le « bois de la Garenne » était une réserve de chasse des seigneurs de Clisson, couverte de landes et de chênes sur un terrain granitique. Après les destructions de la vallée de Clisson pendant la Révolution et les guerres de Vendée, la reconstruction du territoire a préparé l'arrivée de Lemot. Attiré à Clisson par les frères Cacault, qui y avaient rassemblé une importante collection d'œuvres italiennes, Lemot s'y installe en 1805 et y retrouve un milieu artistique sensible aux paysages de la campagne romaine. Il y voit une ressemblance avec l'Italie et conçoit d'y recréer une peinture de paysage historique évoquant la Toscane, le Latium et l'Ombrie.
Lemot acquiert la propriété le 26 juin 1805 et l'aménage de manière continue jusqu'à sa mort en 1827, s'appuyant sur des plans de Mathurin Crucy et sur la gestion locale de Joseph Gautret. À partir de 1806 il fait planter massivement arbres et peupliers le long de la Sèvre, trace trois allées convergentes vers la future villa, crée une pépinière de trois hectares autour d'un bassin pour acclimater les espèces, et nivelle les berges pour aménager prairies et plantations. Les plantations comprennent des essences locales complétées par de nombreux pins destinés à donner au site un aspect italien ; des rosiers et des vignes sont introduits à partir de 1814, avec quatre mille pieds installés sur le coteau en 1827. Le personnel d'entretien, dirigé par Gautret, réalise les travaux de débroussaillage et de plantation et emploie jusqu'à treize personnes ; des fabriques et des bâtiments sont édifiés entre 1811 et 1824.
La villa, conçue dans un esprit néo‑palladien après plusieurs projets de Crucy et sous la conduite finale de Pierre‑Louis van Cleemputte, s'organise autour d'un corps central et de deux ailes, avec une loggia ouverte sur la vallée. La maison du jardinier, édifiée entre 1811 et 1815 dans un style italianisant inspiré de l'architecture rurale toscane et ombrienne, et la maison du portier, construite en 1817, complètent les bâtiments d'exploitation.
Les fabriques du parc, pensées comme des citations littéraires, antiques ou locales, sont autant d'éléments scénographiques répondant aux perspectives de la villa. Le temple de Vesta, tholos de plan circulaire élevé de 1819 à 1822, se compose de dix‑huit colonnes aux fûts en granit local et devait abriter une statue centrale qui n'a jamais été réalisée. La grotte d'Héloïse, le rocher Rousseau, le rocher Delille, l'édicule et le tombeau à l'antique figurent parmi les autres fabriques, tout comme la colonne dite de Madrid, une borne milliaire et les bains de Diane aménagés dans le lit de la rivière. Le moulin de Plessard, acquis en 1823, demeure à cheval sur la Sèvre et sera reconstruit ultérieurement dans un style italien par la famille Lemot.
Sur la rive gauche de la Sèvre, des fabriques complémentaires renforcent les perspectives : l'obélisque érigé en 1815, le temple de l'Amitié aménagé à partir d'une ancienne chapelle et doté d'un portique dorique, ainsi que la colonne Henri‑IV surmontée d'un buste du roi. Après la mort de François‑Frédéric Lemot, son fils Barthélémy poursuit les travaux, achevant la villa et réalisant le belvédère, l'escalier monumental, la galerie des Illustres, la colonnade et la glacière.
Le domaine reste propriété familiale jusqu'en 1968, puis est acquis par le conseil général de la Loire‑Atlantique ; la villa et le temple de Vesta sont inscrits aux monuments historiques en 1969, d'autres protections suivent et l'ensemble du parc et ses fabriques sont classés par étapes à partir de 1988, la maison du portier étant classée en 2000. À partir de la fin du XXe siècle le site développe une activité culturelle soutenue : le Frac des Pays de la Loire y a été installé de 1988 à 1994, la maison du jardinier accueille depuis 1990 une exposition documentaire et un centre d'études sur l'architecture italianisante, et la villa présente régulièrement des expositions d'art contemporain. Deux fabriques contemporaines issues du Frac complètent le paysage historique : la Pergola/Two‑Way Mirror Bridge de Dan Graham (1989) sur la Sèvre et L'Appartement de l'artiste de Pascal Convert dans les sous‑bois.
Des recherches historiques ont conduit à une première restauration en 1992 puis à l'élaboration d'un plan de gestion et d'une étude sanitaire lancés en 1999, pilotés avec les spécialistes Elisabetta Cereghini et Vincent Lurton. Les travaux de restauration entrepris dès 2002 visent à restituer les ambiances pittoresques voulues par Lemot tout en assurant la pérennité et le renouvellement du patrimoine végétal, en tenant compte des contraintes climatiques et de la fréquentation. Le domaine fait partie d'une ZNIEFF de type 2, la vallée de la Sèvre de Nantes à Clisson, qui abrite des habitats d'eaux courantes, de forêts caducifoliées et de fourrés alluviaux ainsi que plusieurs espèces de faune et de flore protégées. Le site accueille par ailleurs des résidences d'artistes, des spectacles et une programmation estivale, et il est le lieu des Entretiens de la Garenne‑Lemot, colloque international consacré aux relations entre l'Antiquité et le XVIIIe siècle organisé depuis 1994.