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Domaine de Mare à Citrons

Domaine de Mare à Citrons

    34 Chemin de la Filature
    97433 Salazie
Propriété privée
Crédit photo : Thierry Caro - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1800
1900
2000
1810
Début de la colonisation des cirques
24 juillet 1830
Requête collective pour les terres
11 août 1830
Publication de l’avis de concession
1er décembre 1831
Concession provisoire de Mare à Poule d’Eau
8 juillet 1839
Décret colonial de concession définitive
15 juillet 1854
Vente du domaine à Bertin d’Avesnes
1934-1982
Période de propriété de René Peel Payet
29 mars 1996
Inscription aux Monuments historiques
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Maison d'habitation et ses dépendances, parc et jardin constituant le domaine (cad. AL 134) : inscription par arrêté du 29 mars 1996

Personnages clés

Théodore Cazeau - Colon pionnier Premier occupant permanent après 1829.
Nicole Robinet de La Serve - Meneur de la requête de 1830 Demande collective pour cultiver Salazie.
Edouard Perrichon - Propriétaire et entrepreneur Constructeur de la magnanerie modèle.
Comte Bertin d’Avesnes - Acquéreur en 1854 Décédé au domaine en 1842.
René Peel Payet - Propriétaire (1934-1982) Développa la canne à sucre.
Etienne Henri Mangin Duval d’Ailly - Gouverneur en 1830 Signataire de l’arrêté de concession.

Origine et histoire

Le domaine de Mare à Citrons, situé dans le cirque de Salazie à La Réunion, tire son nom d’une mare pérenne de 14 ares qui donna son identité à l’habitation puis au hameau voisin. Son histoire débute au début du XIXe siècle, lorsque la colonisation des cirques, interdite sous l’Ancien Régime, fut autorisée après 1810 sous occupation anglaise. Les premiers colons, dont Théodore Cazeau, s’installèrent près de la Mare à Poules d’Eau, malgré les destructions causées par le cyclone de 1829. Une requête collective en 1830, menée par Nicole Robinet de La Serve et dix autres habitants-sucriers, demanda l’autorisation de cultiver les terres aux pieds des Salazes, marquant le début officiel de l’occupation permanente du cirque.

La concession des terres fut complexe en raison de litiges fonciers, notamment l’affaire des héritiers Clain liée à un acte de 1725. Un décret colonial de 1839 accorda finalement 36 emplacements en pleine propriété, dont celui de Théodore Cazeau, mais aussi d’Edouard Perrichon et Adrien Pignolet. Ce dernier, Edouard Perrichon, y construisit une magnanerie modèle de 400 m2 pour l’élevage du ver à soie, activité florissante jusqu’à la conquête de l’Indochine. La soie réunionnaise, de haute qualité, disparut progressivement, mais des traces subsistent comme le chemin de La Filature et les muriers encore visibles aujourd’hui.

En 1854, Edouard Perrichon vendit le domaine au Comte Bertin d’Avesnes, qui y mourut en 1842 après s’être réfugié dans les Hauts pour échapper à la chaleur. Au XXe siècle, René Peel Payet, usinier et planteur, acquit la propriété en 1934. Il la transforma en lieu de villégiature pour ses ouvriers et en exploitation vivrière, avant d’y développer la culture industrielle de la canne à sucre dans les années 1950. À sa mort en 1982, le domaine cessa ses activités sucrières, marquant la fin d’une époque agricole intense.

Le domaine, inscrit à l’inventaire des Monuments historiques en 1996, témoigne aujourd’hui de l’histoire économique et sociale de La Réunion : colonisation des cirques, élevage du ver à soie, et transition vers l’agriculture moderne. Son architecture, incluant la maison de maître et ses dépendances, ainsi que son parc, reflètent les adaptations des colons aux contraintes géographiques et climatiques des Hauts.

Les sources historiques, comme les actes notariés ou les décrets coloniaux, révèlent les tensions foncières et les stratégies de mise en valeur du territoire. Le domaine reste un symbole de la résilience des pionniers, mais aussi des mutations économiques de l’île, passant de la soie à la canne à sucre, avant de devenir un patrimoine préservé. Son inscription en 1996 souligne son importance dans l’histoire réunionnaise, entre mémoire agricole et héritage architectural.

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