Origine et histoire du Château de Montpensier
Le château du Coudray-Montpensier, situé sur la route entre Chinon et Seuilly en Touraine, trouve ses origines au XIe siècle comme simple demeure fortifiée. Au XIVe siècle, Pierre de Bournan entreprend sa reconstruction en pierre (1401-1422), érigant un corps de logis flanqué de trois tours et entouré de douves. Jeanne d'Arc y séjourne en 1429 avant sa rencontre avec Charles VII à Chinon. Le domaine, initialement propriété des Montsoreau, passe successivement aux Marmande, Sainte-Maure, puis aux Bournan, qui transforment la forteresse en résidence seigneuriale.
Au XVe siècle, Louis Bâtard de Bourbon (fils naturel de Charles Ier de Bourbon) et son épouse Jeanne de France, fille naturelle de Louis XI, embellissent le château entre 1480 et 1490. Ils s’inspirent du château de Montpensier, utilisant la pierre de tuffeau et des mâchicoulis, mais les travaux restent inachevés à la mort de Louis en 1486. Les comptes de chantier (1489-1492) révèlent près de 1 000 ouvriers, dont des maçons, tailleurs de pierre et charpentiers, travaillant sous la direction de Jehan Pourmène. Le domaine change ensuite de mains via des héritages ou ventes, passant aux Escoubleau, Vallière, puis aux La Motte-Baracé jusqu’en 1908.
Au XVIIIe siècle, l’architecte Anjubault aménage trois terrasses de jardins au nord du château et construit des écuries. En 1736, il crée un jardin régulier à compartiments, incluant un verger et des charmilles. Le domaine est partiellement classé Monument Historique en 1995 et 1999, couvrant le château, les douves, les communs, les jardins en terrasse et l’ancien verger. Au XXe siècle, l’écrivain Maurice Maeterlinck (vers 1916) puis l’avionneur Pierre-Georges Latécoère (1930) restaurent le site avec les architectes Henri Lafargue et Albert Laprade, ce dernier redessinant les jardins dans un style Art Déco. Fermé au public depuis 2016, le château conserve des éléments défensifs médiévaux (pont-levis, mâchicoulis) et des traces de ses transformations successives.
Le domaine est indissociable de son histoire seigneuriale : les Montsoreau, premiers seigneurs attestés, fondent aussi l’abbaye de Seuilly au XIe siècle. Au XIVe siècle, Louis Ier d’Anjou, duc de Touraine et roi de Sicile, en devient brièvement propriétaire avant de le céder à Pierre de Bournan. La chapelle, fondée en 1452, et les linteaux de cheminées (aujourd’hui au musée Sainte-Radegonde de Chinon) témoignent de son riche passé. Les archives médiévales décrivent un chantier monumental, avec des ouvriers rémunérés à la tâche ou à la journée, et des pauses liées aux fêtes religieuses ou aux intempéries. Les tailleurs de pierre, mieux payés que les maçons, extraient la pierre sur place ou dans des carrières voisines.
Au XVIIe siècle, des communs sont ajoutés dans la basse-cour, tandis qu’un corps de logis accolé à la tour nord-ouest (aujourd’hui détruit) est érigé à la fin du XVIIIe siècle. Le pigeonnier, le verger ceint de charmilles et les limites du domaine datent principalement de cette période. En 1930, la restauration de Latécoère préserve le caractère médiéval tout en intégrant des éléments Art Déco dans les jardins, aujourd’hui à l’abandon. Le domaine, propriété départementale, incarne près de mille ans d’histoire, des seigneurs médiévaux aux restaurations modernes.