Origine et histoire
Le château de Nacqueville, aussi appelé château de Fourneville, est une demeure des XVe–XVIe siècles, profondément remaniée au XIXe siècle. Il se dresse dans le Nord-Cotentin, sur l’ancienne commune d’Urville-Nacqueville (aujourd’hui intégrée à La Hague, Manche), à la limite de Querqueville. Le domaine, partiellement inscrit aux monuments historiques, allie un logis Renaissance, une porterie médiévale à pont-levis, et un parc paysager du XIXe siècle dessiné pour Hippolyte de Tocqueville, frère de l’écrivain Alexis de Tocqueville. Son histoire reflète les transformations architecturales et les bouleversements politiques, de la féodalité à la Révolution, en passant par les occupations militaires pendant les guerres.
La seigneurie de Nacqueville naît de la fusion de deux fiefs voisins, Fourneville et des Marets (Marais), unis par alliances ou rachats au XVIe siècle. Au XIIIe siècle, les Carbonnel possèdent les Marets, avant que le fief ne passe en 1505 à Pierre de Saint-Gilles. Parallèlement, Jean de Grimouville, seigneur de Fourneville dès 1501, entreprend la construction du manoir actuel. En 1525, son fils Jean VI épouse Renée de Saint-Gilles, unissant les deux seigneuries. La famille de Grimouville achève le château vers la fin du XVIe siècle, avant que Bernard Mangon des Marest ne modernise le logis en 1689, supprimant l’enceinte défensive sauf la porterie.
Le château joue un rôle durant les conflits majeurs. En 1758, pendant la guerre de Sept Ans, les Anglais l’occupent après leur débarquement dans l’anse d’Urville avec 12 000 hommes, marquant leur dernière offensive en Normandie (une inscription sur la façade en témoigne : « Les Anglais on dessendu le 7 d'aoust ano 1758 »). Sous la Révolution, Jean-Baptiste Barbout de Querqueville y cache des royalistes avant d’y mourir après son arrestation. Au XIXe siècle, Hippolyte de Tocqueville, héritier par mariage, restaure le château et crée le parc en 1830, avec étangs, cascades et plantes exotiques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le domaine est tour à tour occupé par les Allemands, puis par un état-major américain, et accueille en 1945 un camp de 60 000 prisonniers, dont 632 bénéficient du Projet Tournesol, un programme éducatif sous tentes.
L’architecture du château mêle des éléments médiévaux (porterie à tours rondes, douves) et Renaissance (logis à lucarnes, cheminées sculptées). Le parc de 35 hectares, classé site naturel en 1969, abrite des espèces rares comme des palmiers et des gunneras, traversés par le ruisseau des Castelets. Les aménagements hydrauliques (fontaines, étangs) datent du XIXe siècle. Aujourd’hui, seule la poterne et le parc sont accessibles au public, tandis que le hall d’entrée s’ouvre exceptionnellement lors des Journées du patrimoine, sous l’égide de la propriétaire actuelle, Florence d’Harcourt, arrière-arrière-petite-fille d’Hildevert Hersent, qui acquit le domaine en 1877.
Le domaine de Nacqueville illustre les strates historiques de la Normandie, des seigneurs médiévaux (Carbonnel, Grimouville) aux familles nobles des XVIIIe–XIXe siècles (Tocqueville, Hersent). Ses protections successives (inscriptions en 1944 et 1992) soulignent sa valeur patrimoniale, à la fois architecturale, paysagère et mémorielle. Le site a aussi servi de décor cinématographique, comme pour La Dame de Monsoreau (1922), tourné par le réalisateur normand René Le Somptier.
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