Origine et histoire
Le château de Kolbsheim, édifié au XVIIIe siècle à l’ouest du village, est le dernier subsistant des deux châteaux qui occupaient autrefois Kolbsheim. Classé Monument historique et labellisé Jardin remarquable, il succède à un premier château médiéval, l’Altenau, bâti près de la Bruche et démoli en 1760 après l’extinction de la lignée des Voltz von Altenau, ses propriétaires depuis 1479. Ce château bas, entouré de fossés et doté d’un pont-levis, coexistait avec une maison noble construite vers 1570-1580 en haut du village par les Voltz, avant d’être partagée avec la famille Mullenheim, membre du patriciat strasbourgeois.
Le château actuel, dit Oberschloss, remplace partiellement l’ancienne demeure des Mullenheim. Une inscription de 1703 sur sa balustrade atteste de sa reconstruction par Marie Catherine Wurmser de Vendenheim, qui y ajoute ferme, écuries et jardins murés. La famille von Falkenhayn, alliée aux Wurmser par mariage en 1719, unifie la seigneurie de Kolbsheim en 1759 avant de s’éteindre après la Révolution. Le domaine passe ensuite entre les mains de Charles de Dartein (1801), ancien prêteur royal, puis de Jean-Georges Humann (1824), ministre des Finances sous Louis-Philippe, qui agrandit le château et en fait sa résidence secondaire.
Au XIXe siècle, le château est acquis par Carl Alexander Grunelius (1874), entrepreneur allemand marié à une héritière mulhousienne. Sa famille, convertie au catholicisme sous l’influence des philosophes Jacques et Raïssa Maritain, y organise des colloques intellectuels jusqu’en 2014. Les jardins, dévastés pendant la Première Guerre mondiale par les tranchées allemandes, sont réaménagés dans les années 1920 par le paysagiste anglais Breggins. Ils s’étagent sur trois terrasses ornées de topiaires, de bassins et de sculptures issues d’autres châteaux alsaciens, comme ceux de Saverne ou Bischheim.
L’architecture du château allie une aile ouest du début du XVIIIe siècle à une aile sud ajoutée plus tard. La cour d’entrée, encadrée de communs et d’un logis de gardien, s’ouvre sur une façade principale à sept travées, flanquée de pavillons à l’impériale. Les jardins, classés Jardin remarquable, descendent en pente vers le canal de la Bruche, aménagé par Vauban. Le domaine, protégé depuis 1972, inclut aussi une chapelle néogothique (1933) et un chemin de croix sculpté (vers 1950), témoignages de l’influence spirituelle des Maritain.
Le château d’eau cylindrique, construit à la fin du XIXe siècle pour alimenter le domaine, imite une tour médiévale. Les communs abritaient autrefois le Cercle d’Études Jacques et Raïssa Maritain, lieu de rencontres philosophiques. Aujourd’hui géré par une SCI familiale, le château ouvre ses jardins au public. Son histoire reflète les bouleversements politiques de l’Alsace, passée de la seigneurie féodale à l’annexion allemande, puis française, tout en conservant son rôle de lieu de culture et de mémoire.