Patrimoine classé
Le domaine du château (bâtiments avec leur décor intérieur, cours, jardins, parc, clôtures et sols), à l'exception des parties classées (cad. AB 1, 3, 6, 20, 21, 23, 25, 168, 171 à 174, 176 à 188 ; A 65, 66, 68, 86, 90) : inscription par arrêté du 10 juin 2005 - Le domaine en totalité : bâtiments avec leur décor intérieur, cours, jardins, parc, clôtures et sols ; façades et toitures de la bergerie et du pavillon d'entrée sud, tels que représentés sur le plan annexé à l'arrêté (cad. A 65, 66, 68, 86, 90 ; AB 1, 3, 6, 20, 21, 23, 25, 30, 145, 168, 171 à 174, 176 à 189) : classement par arrêté du 19 septembre 2012
Personnages clés
| Antoine-Martin Pussort - Propriétaire et constructeur |
Oncle de Colbert, initie la construction en 1642. |
| Henri Pussort - Héritier et magistrat |
Connu pour son rôle dans la condamnation de Fouquet. |
| Marc-Pierre de Voyer d'Argenson - Ministre de Louis XV |
Ami de Diderot, reconstruit le château après 1757. |
| Marc-René de Voyer d'Argenson - Marquis innovateur |
Agrandit le domaine et modernise l’agriculture. |
| Charles De Wailly - Architecte du XVIIIe siècle |
Conçoit le corps central et la bergerie. |
| Alfred Coulomb - Architecte de la Belle Époque |
Reconstruit le corps central au XXe siècle. |
Origine et histoire du Château des Ormes
Le château des Ormes, construit à partir de 1642 par les frères Pussort, oncles de Jean-Baptiste Colbert, est situé sur la commune des Ormes, au bord de la Vienne. Il fut acquis en 1729 par Marc-Pierre Voyer d'Argenson, ministre de la guerre de Louis XV et ami des encyclopédistes Diderot et d'Alembert. Le domaine, qui abritera des hôtes célèbres comme Voltaire, fut profondément transformé par ses propriétaires successifs, notamment par les travaux d’agrandissement et d’embellissement menés au XVIIIe siècle.
La seigneurie des Ormes, mentionnée dès 1392, passa entre les mains de plusieurs familles avant d’être acquise en 1642 par Antoine-Martin Pussort, oncle du ministre Colbert. Son frère Henri, connu pour son caractère austère et son rôle dans la condamnation de Fouquet, contribua à l’essor du domaine. En 1729, Marc-Pierre de Voyer d'Argenson, disgracié par Louis XV en 1757, se retira aux Ormes et y entreprit d’importants travaux, dont la reconstruction du château par l’architecte Pierre Meusnier, puis Charles De Wailly, protégé de la famille.
Au XIXe siècle, le marquis Marc-René-Marie d’Argenson, surnommé le « Marquis Rouge » pour ses idées libérales, préserva le domaine malgré des difficultés financières. Il démolit cependant le corps central du château en 1822, laissant un vide entre les ailes jusqu’à sa reconstruction par l’architecte Alfred Coulomb entre 1904 et 1908. Le domaine, partiellement classé Monument Historique en 1966 et entièrement en 2012, fut restauré par ses propriétaires successifs, dont le docteur Sydney Abbou, qui en fit un lieu ouvert au public.
Le château, marqué par des influences architecturales italiennes et françaises, comprend un corps central du XXe siècle relié à deux ailes du XVIIIe siècle. Son parc, transformé en jardin à l’anglaise à la fin du XVIIIe siècle, abrite une glacière du début du XIXe siècle et une bergerie classée, ancienne écurie conçue par Charles De Wailly. Le domaine conserve également des traces de son passé illustre, comme des archives familiales et des éléments de mobilier historique.
Les Voyer d’Argenson, famille de bibliophiles et mécènes, y rassemblèrent une bibliothèque exceptionnelle, aujourd’hui dispersée. Le marquis Marc-Pierre, ami de Voltaire et protecteur des Encyclopédistes, y reçut les grands esprits des Lumières. Son fils, Marc-René, agrandit le domaine et y introduisit des innovations agricoles. Le château, ouvert au public depuis les années 2000, est labellisé « Maison des Illustres » et classé Monument Historique pour son patrimoine architectural et paysager.
Le domaine des Ormes illustre l’évolution des goûts et des techniques architecturales, des jardins à la française aux parcs paysagers, ainsi que l’histoire politique et culturelle de la France, des guerres de religion à la Révolution, en passant par les Lumières. Son histoire reflète aussi les aléas de la conservation du patrimoine, entre démolitions, restaurations et transmissions successives.