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Donjon de Vez dans l'Oise

Donjon de Vez

    3 bis Rue de la Croix Rebours
    60117 Vez

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1200
1300
1400
1500
1800
1900
2000
1185
Annexion royale du Valois
1358
Destruction par la Grande Jacquerie
1390-1410
Construction du donjon actuel
1446
Vente du domaine
1890-1904
Restauration par Léon Dru
1904
Classement monument historique
1988
Acquisition par Francis Briest
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Classé MH

Personnages clés

Jean de Vez - Seigneur et chambellan Commanditaire du donjon (1390-1410).
Robert de Saint-Clair - Beau-frère de Jean de Vez Co-édificateur du donjon, sans descendance.
Jean Lenoir - Architecte présumé Probablement lié à la cour royale.
Léon Dru - Restaurateur (1890-1904) Restauration radicale inspirée de Viollet-le-Duc.
Francis Briest - Propriétaire depuis 1988 Transforme le château en lieu d’art contemporain.
Philippe Auguste - Roi de France Annexe le Valois et Vez en 1185.
Raoul d'Estrées - Premier seigneur connu Reçoit Vez après Bouvines (1214).

Origine et histoire

Le donjon de Vez, édifié entre 1390 et 1410 par Jean de Vez (chambellan de Louis d'Orléans) et son beau-frère Robert de Saint-Clair, est un rare exemple de donjon à vocation principalement résidentielle. De plan pentagonal, il intègre des éléments défensifs minimaux (mâchicoulis moulurés) et quatre étages habitables, reflétant l’influence d’architectes royaux comme Jean Lenoir. Le site, bâti sur une enceinte fortifiée plus ancienne, remplace un premier château détruit lors de la Grande Jacquerie (1358). La chapelle hexagonale et un logis des années 1360-1390, aujourd’hui ruiné, complètent l’ensemble médiéval.

La seigneurie de Vez, initialement propriété des comtes de Crépy-en-Valois, passe sous contrôle royal en 1185 lorsque Philippe Auguste annexe le Valois. Offert à Raoul d'Estrées après la bataille de Bouvines (1214), le domaine est transmis à ses descendants, dont Hector de Vez, qui lance la reconstruction après 1358. Contrairement aux légendes locales, le donjon n’a jamais appartenu à Louis d’Orléans, mais son style sophistiqué suggère un architecte lié à la cour. Le domaine quitte la famille en 1446, vendu par Bernard de Châteauvillain après la mort de son épouse.

Classé monument historique en 1904 après une restauration controversée par Léon Dru (inspirée de Viollet-le-Duc), le château est acquis en 1988 par Francis Briest, qui en fait un écrin pour l’art contemporain. Les jardins, labellisés « remarquable », abritent aujourd’hui des œuvres de Bourdelle, Buren, Morellet ou Lee Ufan, tandis que les intérieurs accueillent des installations éphémères. Les restaurations successives (XXe siècle) ont altéré certains éléments originaux, comme les fenêtres agrandies ou le crénelage refait, mais préservé la structure médiévale.

L’enceinte fortifiée, en forme de losange irrégulier (70 x 63 m), combine des courtines des XIVe et XVe siècles, dont une poterne flanquée de tours rondes et une tour Jeanne d’Arc légendaire. La chapelle, restaurée au XXe siècle, mêle éléments gothiques (baies en tiers-point) et ajouts Renaissance (portail, salle supérieure). Le logis primitif (1360-1390), partiellement conservé, révèle des échauguettes à moulures en pointe-de-diamant et des cheminées monumentales, témoignages du luxe seigneurial tardif.

Le donjon, dépourvu de meurtrières, était conçu pour résister aux bandes armées de la guerre de Cent Ans plutôt qu’à un siège. Ses tourelles d’angle, inspirées des donjons du XIIe siècle (comme celui de Niort), servent surtout de contreforts. La terrasse sommitale, autrefois couverte, offre une vue sur la vallée de l’Automne. Les mâchicoulis, d’une facture exceptionnelle, et l’absence de dispositifs défensifs agressifs soulignent sa fonction de résidence aristocratique, probablement destinée à Péronelle de Vez et sa descendance.

Aujourd’hui, le château allie patrimoine et création contemporaine. Les propriétaires actuels, Caroline et Francis Briest, y organisent des expositions et visites saisonnières (avril à octobre). Le site, ouvert au public, illustre la réinvention des monuments historiques, entre préservation architecturale et dialogue avec l’art moderne.

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