Origine et histoire
L’église Notre-Dame de Marissel, située dans le quartier de Marissel à Beauvais (Oise, Hauts-de-France), est un monument aux origines multiples, reflétant près de cinq siècles d’histoire architecturale. Son clocher roman, datant du dernier tiers du XIe siècle, est l’un des plus anciens vestiges de l’édifice. Il témoigne d’une première église à vaisseau unique, terminée par une abside en hémicycle, elle-même conservée comme absidiole nord. Ce clocher, initialement latéral, devint central lors de l’agrandissement de l’église au milieu du XIIe siècle, quand fut ajouté un transept saillant. Les parties orientales, construites entre le XIIe et le XIIIe siècle, montrent une évolution stylistique marquée : le croisillon nord, aux voûtes romanes tardives, contraste avec le croisillon sud et le chœur, édifiés dans un style gothique primitif. Ces travaux, interrompus par des incendies et des contraintes financières, laissèrent des traces de réfections successives, comme les formerets et les chapiteaux aux profils variés.
La nef et les bas-côtés actuels, de style gothique flamboyant, furent construits au XVIe siècle, entre 1510 et 1580, sous l’influence de l’architecte Martin Chambiges, connu pour ses travaux à la cathédrale de Beauvais. Un marché passé en 1564 avec le maître-maçon Antoine Chéniau atteste de la construction du portail occidental, des bas-côtés, et des arcs-boutants, ainsi que de la sculpture des gargouilles et chimères. Malgré une consécration en 1577 par l’évêque Nicolas Fumée, les travaux s’interrompirent faute de ressources, laissant l’église inachevée : le pignon de la façade ne fut jamais construit en pierre, et le projet de reconstruction des parties orientales avorta. Les piliers flamboyants ajoutés dans les croisillons vers 1580, destinés à supporter une future nef prolongée, rappellent cet abandon. Classée monument historique en 1913, l’église conserve aussi des éléments mobiliers remarquables, comme des vitraux du XVIe siècle, des statues classées (dont un Ecce Homo volé en 1996 et restitué en 2014), et des bancs sculptés des années 1520.
L’histoire de Marissel, ancien faubourg de Beauvais, est liée à celle de la ville. Sous l’Ancien Régime, la paroisse dépendait du diocèse de Beauvais et était sous l’autorité conjointe des chapitres de Saint-Vaast et Saint-Michel, ce dernier percevant des redevances sur les mariages, peut-être en raison d’un statut servile des habitants. Les fouilles du XVIIe siècle révélèrent des vestiges gallo-romains près de l’église, dont une stèle du Mercure barbu, suggérant une occupation ancienne du site. Au XXe siècle, des restaurations (1926, 1950, 1967) ont préservé l’édifice, bien que certaines modifications, comme le bouchage des fenêtres de la nef ou la suppression des balustrades en 1970, aient altéré son aspect d’origine. Aujourd’hui, l’église, affiliée à la paroisse Beauvais-Nord, accueille des messes selon les rites ordinaire et extraordinaire, perpétuant son rôle spirituel et patrimonial.
L’architecture de Notre-Dame de Marissel illustre les transitions stylistiques médiévales. Le clocher roman, dépourvu de contreforts et orné de baies géminées à colonnettes, s’apparente à ceux d’Auger-Saint-Vincent ou de Catenoy, considérés parmi les plus archaïques de l’Oise. Les parties gothiques, comme le chœur au chevet plat (XIIIe siècle), montrent des influences précoces du style rayonnant, avec des lancettes surmontées d’un oculus, tandis que les voûtes du croisillon nord conservent des traces de la période romane tardive. La nef flamboyante, sobre et élancée, se distingue par ses fenêtres hautes inspirées de Saint-Étienne de Beauvais et ses piliers ondulés, typiques du XVIe siècle. L’inachèvement de la façade, privée de son pignon en pierre, et la présence de piliers flamboyants « fantômes » dans les croisillons soulignent les aléas financiers et techniques ayant marqué sa construction.
Le mobilier de l’église comprend des pièces classées, comme une Vierge à l’Enfant du XVIe siècle en pierre polychrome, une statue de sainte Angadrême (seconde patronne, en bois peint), et des vitraux Renaissance restaurés en 1877, représentant des scènes comme la Pietà ou la conversion de saint Eustache. Parmi les tableaux, une Résurrection de Lazare signée Frans Pourbus l’Ancien (1573) et une Descente de Croix maniériste du XVIe siècle se distinguent. Les bancs sculptés des années 1520, aujourd’hui disparus de l’église, et une chape brodée du XVIIIe siècle (conservée au trésor de la cathédrale) complètent cet ensemble. Ces éléments, associés à l’histoire mouvementée du monument — vols, restaurations, et adaptations liturgiques — en font un lieu emblématique du patrimoine religieux beauvaisien.
La localisation de l’église, sur un tertre dominant la rue de Marissel, en fait un repère urbain majeur. Son parvis, accessible par un escalier, et ses élévations latérales dégagées mettent en valeur sa façade flamboyante, marquée par un portail central orné de niches à statues et de décors ajourés. À l’est, le clocher roman, masqué par la nef, surprend par son contraste avec le reste de l’édifice. Les parties orientales, partiellement cachées par des arbres, révèlent une absidiole romane aux assises concentriques et un chevet gothique aux contreforts obliques, typiques des reconstructions successives. Ces caractéristiques, jointes à son histoire paroissiale et à son rôle dans les processions médiévales (comme celle de sainte Angadrême pour implorer la pluie), font de Notre-Dame de Marissel un monument à la fois modeste et riche en enseignements historiques.