Frise chronologique
1070
Première mention écrite
Première mention écrite
1070 (≈ 1070)
Bulle papale confirmant le prieuré à Saint-Victor.
1130
Don du moulin
Don du moulin
1130 (≈ 1130)
Moulin sur la Vère offert au prieuré.
XIIIe siècle
Dispersion des moines
Dispersion des moines
XIIIe siècle (≈ 1350)
Conséquence de la croisade des Albigeois.
1382
Dépeuplement du hameau
Dépeuplement du hameau
1382 (≈ 1382)
Guerre de Cent Ans et raids anglais.
1871-1879
Restauration majeure
Restauration majeure
1871-1879 (≈ 1875)
Reconstruction du clocher et des voûtes.
1988
Classement MH
Classement MH
1988 (≈ 1988)
Protection au titre des monuments historiques.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise de Roumanou (cad. H 363) : classement par arrêté du 2 mai 1988
Personnages clés
| Pape Grégoire VII - Autorité religieuse |
Confirme les possessions de Saint-Victor en 1070. |
| Peyre - Prieur de Roumanou |
Gère le prieuré au XIIe siècle. |
| Camille Bodin-Legendre - Architecte du XIXe |
Propose la démolition en 1869. |
| Julien Rivet - Architecte albigeois |
Sauve l'église en 1871. |
| Maurice Greslé-Bouignol - Historien de l'art |
Étudie les chapiteaux au XXe siècle. |
Origine et histoire
L'église Notre-Dame-de-l'Annonciation de Roumanou, située sur un éperon rocheux près de Cestayrols (Tarn), est un spécimen emblématique de l'art roman albigeois. Son nom dérive probablement de Romanorum, évoquant une occupation romaine antérieure. Construite entre le début du XIe et le XIIe siècle, elle appartenait initialement à un prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye Saint-Victor de Marseille, comme en témoigne une bulle papale de 1070 confirmant ses possessions. Le site, stratégiquement placé sur une barre calcaire surplombant la Vère, abritait aussi un cimetière au nord et un moulin donné au prieuré en 1130.
L'édifice, de plan en croix latine, présente une nef voûtée en berceau, un transept marqué et une abside semi-circulaire. Son clocher, reconstruit au XIXe siècle, domine la croisée du transept. Les chapiteaux intérieurs, sculptés de motifs végétaux et géométriques, révèlent l'influence de l'école de Saint-Sernin (Toulouse). Le portail, dépourvu de tympan, arbore des voussures ornées de palmettes et rosaces, typiques d'un artisanat local modeste mais inspiré. L'église fut un prieuré actif jusqu'à la croisade des Albigeois (1209-1229), où les moines furent dispersés, puis rattachée à Ambialet avant de devenir une simple chapelle vicariale après la Révolution.
Classée monument historique en 1988, l'église a subi d'importantes restaurations. Au XIXe siècle, son état dégradé (murs lézardés, clocher penché) nécessita des travaux controversés : certains prônaient la démolition, mais le clocher et les voûtes furent finalement reconstruits entre 1871 et 1879. Au XXIe siècle, la découverte de peintures murales médiévales sous des enduits a relancé les campagnes de restauration, dont une première phase achevée en 2015. Une litre funéraire et une inscription latine (Kadaltrus hic requiescit) attestent de son usage mémoriel.
Le site, désaffecté comme paroisse dès le XIVe siècle en raison des ravages de la guerre de Cent Ans (les routiers anglais dépeuplèrent la région), conserva cependant son titre de prieuré jusqu'en 1790. Les marques lapidaires en spirale et les trous de boulins visibles sur les murs témoignent des techniques de construction médiévales. Aujourd'hui propriété communale, l'église reste un témoignage majeur du patrimoine roman méridional, mêlant sobriété rurale et influences artistiques régionales.
Les fouilles et restaurations récentes ont révélé des éléments architecturaux originaux, comme les bandes lombardes extérieures ou les arcs aveugles intérieurs peints. Le cimetière adjacent, encore en usage, rappelle la fonction paroissiale ancienne. Malgré les remaniements, l'édifice conserve des traces de sa fondation bénédictine, notamment dans la travée de chœur et les chapiteaux du transept, classés parmi les plus représentatifs de l'art roman albigeois.