Origine et histoire de l'Église Saint-Laurent
L’église Saint-Laurent se situe dans le 10e arrondissement de Paris, dans l’ancien enclos Saint-Laurent, aux adresses 119 rue du Faubourg-Saint-Martin, 68 boulevard de Strasbourg et 68 boulevard de Magenta, sur l’axe nord-sud tracé par les Romains reliant Senlis et Orléans. Après des classements partiels le 1er février 1945, l’ensemble de l’édifice a été classé monument historique par arrêté du 16 décembre 2016. Fondée à la fin du Ve siècle hors des murs de Paris, elle était liée à un monastère accueillant les pèlerins sur la voie romaine vers Senlis, Soissons et Trèves. Des sources anciennes évoquent un incendie en 547 et une inondation jusqu’à Saint-Laurent en 583, tandis qu’une charte de 710 cite la basilique dans le cadre du transfert d’un marché. Des données géologiques et archéologiques, selon Louis Brochard, situeraient le monastère sur une butte au‑dessus de l’ancien lit de la Seine, le long de la voie de Saint‑Martin. L’église et le monastère furent pillés par les Normands en 885, puis la présence d’une église est attestée à nouveau en 1122 sous le nom de Sainct-Lorenz-lez-Paris. Une église paroissiale est mentionnée en 1180 ; l’édifice actuel relève pour l’essentiel du gothique flamboyant du XVe siècle, le chœur ayant été consacré le 14 juin 1429 et la structure gothique — voûtes à pénétration, fenêtres hautes et déambulatoire aux clefs sculptées — restant perceptible malgré les remaniements. Par comparaison stylistique, la construction principale se place dans la seconde moitié du XVe siècle, les chapelles étant postérieures. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les travaux marquent une coexistence de vocabulaire gothique et classique : la façade, entreprise en 1621 par Charlotte‑Marguerite de Montmorency selon le goût italien, fut finalement démolie en 1862, tandis que la nef conserva une continuité gothique. En 1633, Vincent de Paul et Louise de Marillac initient l’implantation des Filles de la Charité sur la paroisse, Louise de Marillac y ayant été inhumée en 1660 avant un transfert en 1755. Le chœur est réaménagé vers 1654 avec un décor végétal, un habillage en pierre à pilastres corinthiens et un maître-autel accompagné d’un retable en arc de triomphe ; un bas-relief de la Résurrection sculpté par Gilles Guérin a disparu depuis. Entre 1655 et la fin des années 1650 sont construites les voûtes de la nef et du transept en croisées d’ogives, ouvrage tardif du gothique flamboyant à Paris. Au chevet, la chapelle de la Vierge actuelle remplace une ancienne chapelle des Trois‑Maries en 1712, entraînant la suppression de six piliers du déambulatoire. La comtesse du Barry s’y maria religieusement le 1er septembre 1768. Pendant la Révolution, une partie du cimetière fut aliénée pour créer la place de la Fidélité ; l’église changea successivement d’affectation avant d’être rétablie dans le culte catholique en 1802. Les percements haussmanniens des boulevards de Strasbourg et de Magenta au milieu du XIXe siècle conduisirent à la destruction de la façade du XVIIe siècle ; entre 1863 et 1867 l’architecte Simon‑Claude Constant‑Dufeux allongea l’édifice d’une travée, reconstruisit une façade néogothique flamboyante ornée de sculptures et ajouta une flèche en plomb, tandis qu’un fronton en lave émaillée de Paul Balze fut posé en 1870. Le caveau de la famille Sanson, bourreaux de Paris, se trouve dans la nef latérale gauche. L’extérieur montre des façades ouest et sud, un chevet où se lisent différentes phases de construction et la chapelle de la Vierge coiffée d’un dôme du XVIIIe siècle ; le portail se pare de statues d’apôtres, du symbole de Laurent de Rome et d’une archivolte figurant la Trinité. À l’intérieur, la chapelle du Sacré-Cœur présente des peintures de Jean‑François Brémond datées de 1845‑1846, et l’on remarque la nef, l’autel et l’abside, la chapelle de la Vierge et sa coupole. Le mobilier comprend un chemin de croix réalisé en 2005 par sœur Mercédes, un bénitier provenant de la cathédrale Saint‑Pierre de la Martinique, des sculptures de la Vierge à l’Enfant, de saint Pierre, une chaire et une Sainte Apolline de L.-V. Bougron. Les vitraux du chœur comprennent huit verrières réalisées en 1846‑1847 par Ernest Lami de Nozan d’après des cartons d’Auguste Galimard, dont trois subsistent ; d’autres ont été remplacés en 1939 par des verrières conçues par le peintre polonais Elesckiewiej (Stanisław Eleszkiewicz) et mises en œuvre dans l’atelier parisien de Jean Gaudin. Antoine Lusson et Léon Lefèvre ont réalisé en 1874 les quatre grandes verrières de la chapelle Notre‑Dame‑des‑malades, complétées par quatre petites scènes, et la maison Champigneulle ainsi qu’Emmanuel Champigneulle ont livré des vitraux en 1887 pour deux chapelles de la nef sur des cartons de Pierre Fritel ; des verrières de Pierre Gaudin sur cartons de Stanisław Eleszkiewicz furent posées entre 1953 et 1955. Le grand orgue de tribune a été achevé en 1685 par François Ducastel et son fils Hippolyte, modifié et agrandi par différents facteurs aux XVIIIe et XIXe siècles, reconstruit par Joseph Merklin dans les années 1860 et restauré au XXe siècle ; il compte 42 jeux sur trois claviers et a été classé en 1945. Parmi les personnalités liées à Saint‑Laurent figurent Domnole du Mans, Jeanne Bécu qui s’y maria en 1768, Victor Schœlcher qui y fut baptisé le 9 septembre 1804, Vincent de Paul et Louise de Marillac qui y furent paroissiens, ainsi que des membres de la famille Sanson; Charles Quef y fut organiste à partir de 1898 et Philippe Christory en fut curé de 2007 à 2014 avant d’être nommé évêque de Chartres. Depuis septembre 2007, la paroisse est animée par la Communauté de l’Emmanuel. L’église est desservie par la station de métro Gare de l’Est et les lignes de bus RATP 31, 32, 38, 39, 46, 56 et 91.