Frise chronologique
1259
Traité de Paris
Traité de Paris
1259 (≈ 1259)
Fin de la guerre Capétiens-Plantagenêts, suzeraineté anglaise sur le Périgord.
1272
Fondation de la bastide
Fondation de la bastide
1272 (≈ 1272)
Création de Beaumont par Luc de Thaney pour Édouard Ier.
1288
Privilèges royaux
Privilèges royaux
1288 (≈ 1288)
Octroi de juridiction à Beaumont par le roi d’Angleterre.
1330-1350
Construction du portail
Construction du portail
1330-1350 (≈ 1340)
Réalisé selon l’analyse de Jacques Gardelles.
1810
Effondrement partiel
Effondrement partiel
1810 (≈ 1810)
Voûtes détruites, restaurations ultérieures.
1869
Restauration majeure
Restauration majeure
1869 (≈ 1869)
Reconstruction des murs et voûtes en brique.
1899
Restauration de la façade
Restauration de la façade
1899 (≈ 1899)
Travaux sur le portail et la rose.
8 avril 1909
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
8 avril 1909 (≈ 1909)
Protection officielle de l’édifice.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise : classement par arrêté du 8 avril 1909
Personnages clés
| Édouard Ier - Roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine |
Ordonna la fondation de la bastide en 1272. |
| Luc de Thaney - Sénéchal de Gascogne |
Fonda Beaumont-du-Périgord pour Édouard Ier. |
| Gaston II de Gontaut-Badefol - Seigneur de Badefol |
Finança partiellement la construction de l’église. |
| Jacques Gardelles - Historien de l’art |
Data le portail gothique (1330-1350). |
| Joseph Villiet - Maître verrier bordelais |
Réalisa les vitraux en 1876-1877. |
Origine et histoire
L'église Saint-Laurent-et-Saint-Front de Beaumont-du-Périgord a été construite à partir de 1272, sur ordre d’Édouard Ier, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, pour servir la nouvelle bastide fondée par Luc de Thaney, sénéchal de Gascogne. Son édification marquait la suzeraineté anglo-aquitaine sur le sud du Périgord après le traité de Paris (1259), qui avait redéfini les rapports entre Capétiens et Plantagenêts. La bastide, créée ex nihilo, nécessitait une église paroissiale capable d’accueillir les fidèles et de participer à la défense de la ville, d’où son architecture fortifiée avec quatre tours carrées et des murs épais.
La construction, commencée à la fin du XIIIe siècle, s’acheva au XIVe siècle, avec des éléments comme le portail gothique (daté des années 1330-1350 par Jacques Gardelles). L’église dépendait initialement de l’abbaye de Cadouin et du prieuré de Saint-Avit-Sénieur, dont les droits furent négociés pour aboutir au nom Beaumont (en référence à Belpech). Gaston II de Gontaut-Badefol et son frère Pierre, ainsi que les chapitres religieux locaux, financèrent partiellement l’édifice. Conçue comme un refuge, elle intégrait un puits intérieur, des salles d’armes dans les combles, et des réduits crénelés communiquant avec les tours.
Pendant la guerre de Cent Ans, l’église ne subit pas de dégâts majeurs, mais elle fut prise à trois reprises par les protestants (1576, 1585, 1587) sans dommage apparent. Au XIXe siècle, des effondrements partiels (1810) et des restaurations controversées (1833, 1869, 1899) modifièrent son apparence : les voûtes d’ogives en brique remplacèrent les structures médiévales, la charpente fut rabaissée, et la façade occidentale (avec sa rose et sa frise sculptée) fut restaurée. Les vitraux, réalisés en 1876-1877 par Joseph Villiet, et le classement aux Monuments Historiques (1909) achevèrent sa préservation.
Architecturalement, l’église allie fonctions religieuse et militaire : nef unique de 52,50 m, murs renforcés de contreforts massifs, et tours pleines dotées d’escalier à vis et de salles superposées. La tour sud, haute de 30 m, abritait un système défensif relié à la salle d’armes des combles. Le portail occidental, orné de voussures et d’une frise historiée (tétramorphe, sirène, scènes de chasse), illustre l’influence gothique normande dans le Midi. À l’intérieur, trois chapelles — dont une romane antérieure — et des culs-de-lampe sculptés (feuillages, animaux fantastiques) témoignent de sa richesse artistique.
L’église incarne aussi les tensions entre préservation et modernisation. Les restaurations du XIXe siècle, critiquées pour avoir gommé son caractère fortifié (remplacement des crénelages par des pignons, suppression des corps de garde), visaient à l’harmoniser avec le style gothique standard. Pourtant, des éléments défensifs subsistent, comme la bretèche au-dessus de la porte latérale — conçue pour les enterrements et le stockage des récoltes en cas de siège. Aujourd’hui, elle reste un exemple rare d’église-bastide, mêlant héritage anglo-aquitain, innovations militaires et patrimoine religieux.