Origine et histoire de l'Église Saint-Lazare
L’église Saint-Lazare d’Avallon, initialement dédiée à Notre-Dame, trouve ses origines au Ve siècle sous l’impulsion du comte Gérard (ou Girard), qui souhaitait en faire un lieu de culte protégé au sein de l’enceinte du château. De cette première église, il ne subsiste qu’une crypte découverte en 1861 sous le chœur. Vers l’an 1000, elle reçoit une relique de saint Lazare offerte par Henri le Grand, duc de Bourgogne, et devient un lieu de pèlerinage majeur sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. En 1146, elle adopte définitivement le vocable de Saint-Lazare, attirant dons et prébendes des ducs de Bourgogne et des seigneurs locaux.
La reconstruction de l’édifice en 1080 suit un plan basilical, avec un chœur voûté en quart de sphère et des chapelles semi-circulaires. Le pape Pascal II consacre la nouvelle église en 1106. Au XIIe siècle, l’abbaye de Cluny, dont dépendait Avallon, érige une façade ornée de deux portails, dont les colonnes torses et les sculptures végétales illustrent l’école bourguignonne. Ces portails, qualifiés de « chefs-d’œuvre » par l’historien Victor Petit, mêlent élégance et symbolisme religieux.
Au fil des siècles, l’église subit plusieurs catastrophes naturelles : en 1589, la foudre détruit le clocher ; en 1633, une tempête renverse la grande tour et la première voûte de la nef, entraînant des reconstructions partielles, comme la tour actuelle édifiée en 1670. Les restaurations du XIXe siècle (1860-1865) révèlent des tombes anciennes et installent un buffet d’orgues sculpté. Aujourd’hui, l’église conserve des fresques du XIXe siècle, des stalles du XVIIIe, et une statue-colonne du XIIe représentant un prophète, témoin de son riche passé artistique et spirituel.
Une particularité architecturale marque Saint-Lazare : sa façade n’est pas perpendiculaire à la nef, et le chœur, situé 2,50 m plus bas que le portail, se rejoint par 17 marches. À droite du chœur, une chapelle aux peintures en trompe-l’œil abrite les stalles des chanoines. Le bas-côté sud expose des statues médiévales, comme un saint Michel du XIVe siècle ou une Vierge et sainte Anne de la fin du XVe.
Classée monument historique dès 1840, l’église Saint-Lazare incarne l’héritage roman bourguignon, mêlant influences clunisiennes et locale. Son portail, moulé et exposé au musée des Monuments français à Paris, reste un exemple emblématique de la sculpture décorative du XIIe siècle. À proximité, les vestiges de l’ancienne église Saint-Pierre, transformée en salle d’expositions, rappellent le rôle central de ces édifices dans la vie religieuse et communautaire d’Avallon.
La collégiale fut aussi un lieu de pouvoir : chef-lieu d’un archidiaconé de l’évêché d’Autun, elle abritait un chapitre de chanoines, dont les prébendes furent augmentées par les ducs de Bourgogne. Les calamités (foudre, tempêtes) et les restaurations successives ont façonné son apparence actuelle, entre héritage médiéval et adaptations modernes. Son orgue du XIXe siècle et ses fresques récentes témoignent d’une vie cultuelle ininterrompue depuis plus de quinze siècles.