Origine et histoire
L'église abbatiale Saint-Sour, située à Terrasson-Lavilledieu en Dordogne, trouve ses origines au VIe siècle avec la fondation d’un monastère par saint Sour (ou Sorus), un ermite vénéré localement. Ce premier établissement religieux, implanté à Genouillac près de la Vézère, fut détruit puis reconstruit au Xe siècle sous l’influence de l’ordre de Cluny, avant d’être transféré dans le castrum de Terrasson. L’édifice actuel, de style gothique flamboyant, fut érigé entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle sous l’impulsion des abbés Bertrand de Rouffignac (1491–1505) et Bertrand de la Faye (1520–1540), comme en témoignent les armes de la famille de Rouffignac sculptées sur les clés de voûte.
Les guerres de Religion marquèrent un tournant tragique pour l’abbaye : en 1569, les troupes huguenotes de l’amiral de Coligny incendièrent l’église, détruisant la voûte et profanant le tombeau de saint Sour. Les reliques, miraculeusement préservées par les habitants, furent transférées dans une chapelle mortuaire au XIXe siècle. L’édifice, partiellement ruiné, fut restauré entre 1880 et 1889 par l’abbé Jean-Baptiste Chevalt, architecte reconnu pour ses travaux à Rocamadour, qui reconstitua la nef dans un style néo-gothique. Cette restauration s’inscrivait dans un projet plus large de revitalisation du patrimoine religieux local, soutenu par les paroissiens et le curé Auguste Pergot.
L’histoire de l’abbaye est indissociable de celle des seigneurs de Terrasson, une famille d’origine catalane alliée aux vicomtes de Turenne. Au XIe siècle, les Comtors de Terrazo (ou Terrasson) édifièrent un castrum à proximité du monastère, renforçant son rôle défensif et spirituel à la frontière du Périgord et du Limousin. La famille, dont Gerberge de Terrasson épousa Boson Ier de Turenne au XIe siècle, disparut progressivement après les croisades. L’abbaye, affranchie de la tutelle de Cluny en 1165 par une bulle papale, devint un lieu de pèlerinage majeur, attirant les fidèles grâce aux miracles attribués à saint Sour, notamment lors des sécheresses.
Au Moyen Âge, Terrasson était un carrefour commercial animé, notamment pour la truffe et les noix, avec un marché d’origine médiévale. La Vézère, voie navigable essentielle, permit le transport des gabares jusqu’au XVIe siècle. L’église, classée monument historique en 2001, incarne aujourd’hui ce patrimoine à la fois religieux, seigneurial et artisanal. Son portail gothique, seul vestige élevé de l’ensemble abbatial avant les restaurations, et les chapiteaux romans réemployés rappellent les strates successives de son histoire, des origines mérovingiennes à la renaissance néo-gothique.
La légende de saint Sour, mêlant hagiographie et traditions païennes, ajoute une dimension mystique au site. Selon les récits bénédictins du XIe siècle, le saint, handicapé et considéré comme un thaumaturge, aurait fondé le monastère après une vie d’ermite dans les grottes voisines, aujourd’hui appelées rochers Saint-Sour. Ces grottes, classées en 1948, et la fontaine associée, étaient des lieux de culte pré-chrétiens réinvestis par le christianisme. L’étymologie du nom Sour, proche de l’ancien français sovrin (« élevé » ou « sage »), renforce son aura de sainteté locale, entre héritage gallo-romain et symbolisme médiéval.
Au XXe siècle, l’église fut intégrée dans un projet urbain ambitieux : en 1906, les derniers vestiges abbatiaux non inclus dans la reconstruction furent détruits pour agrandir les places adjacentes, mettant en valeur sa façade néo-gothique. Terrasson-Lavilledieu, fusionnée en 1963 avec la commune voisine de Lavilledieu, devint un pôle culturel et touristique, notamment grâce aux Jardins de l’Imaginaire (1996) et au festival des Chemins de l’imaginaire. L’église Saint-Sour, avec son gisant et ses modillons romans, reste un témoignage exceptionnel de la transition entre le Moyen Âge et la Renaissance en Périgord noir.
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