Origine et histoire de l'Enceinte de Philippe Auguste
L’enceinte de Philippe Auguste est un système de fortification urbaine érigé à Paris entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe siècle (1190–1215). Commandée par le roi Philippe Auguste avant son départ pour la troisième croisade, cette muraille de pierre visait à protéger la capitale des attaques des Plantagenêts, dont les territoires s’étendaient alors de la Normandie aux Pyrénées. Contrairement aux fortifications ultérieures, elle était dépourvue de fossé extérieur, les voiries parisiennes étant situées à proximité. Son tracé, long de 2 535 m en rive gauche et 2 850 m en rive droite, englobait 253 hectares et abritait environ 50 000 habitants à la fin du règne du roi.
La construction débuta par la rive droite (1190–1209), plus exposée aux menaces, avant de s’étendre à la rive gauche (1200–1215). Le financement, estimé à plus de 15 000 livres, fut partiellement assuré par le Trésor royal et les bourgeois parisiens. L’enceinte intégrait 73 tours semi-cylindriques, 14 portes principales, et des poternes ajoutées ultérieurement pour répondre à la croissance urbaine. Son tracé influença durablement le réseau viaire parisien, avec des rues comme les Fossés-Saint-Bernard ou Monsieur-le-Prince tracées sur d’anciens fossés.
Au XIVe siècle, malgré la construction de l’enceinte de Charles V (rive droite uniquement), celle de Philippe Auguste fut conservée et renforcée : fossés creusés, barbacanes ajoutées aux portes, et chemins de ronde aménagés. Cependant, à partir du XVIe siècle, les portes furent démolies (1533 sous François Ier) et les murs progressivement absorbés par l’urbanisation. Au XVIIe siècle, les fossés, devenus insalubres, furent comblés ou transformés en égouts couverts. Aujourd’hui, une vingtaine de vestiges classés subsistent, souvent intégrés à des propriétés privées, comme au 11 quai de Conti (6e arrondissement).
L’enceinte joua un rôle majeur dans le développement de Paris, encadrant son expansion médiévale et structurant des quartiers comme les Champeaux (futures Halles) ou le bourg Sainte-Geneviève. Elle symbolise aussi la centralisation du pouvoir royal, avec Paris devenant la résidence principale des Capétiens et un centre culturel (collèges, Université). Son héritage urbanistique reste visible dans l’orientation oblique de certaines rues (ex. : rue Jean-Jacques-Rousseau) ou les alignements de propriétés le long de l’ancien tracé.
Parmi les éléments remarquables, quatre tours fluviales de 25 m de haut (tour du Coin, tour de Nesle, tour Barbeau, tournelle des Bernardins) permettaient de tendre des chaînes across la Seine pour bloquer la navigation. Les portes, comme Saint-Honoré ou Saint-Antoine, étaient des châtelets quadrangulaires flanqués de tours. Les vestiges les plus accessibles incluent une courtine de 60 m rue des Jardins-Saint-Paul (4e arr.) et des bases de tours visibles rue du Cardinal-Lemoine (5e arr.) ou dans la cour du Crédit municipal (4e arr.).