Origine et histoire de l'Enceinte de Philippe Auguste
L'enceinte de Philippe-Auguste est une fortification urbaine élevée à la fin du XIIe siècle pour protéger Paris et, pour la première fois, englober les deux rives de la Seine. Conçue contre des attaques venues principalement de l'ouest et du nord, elle s'appuie à l'ouest sur la forteresse du Louvre. Sur la rive droite, elle intègre un marché situé hors de la première enceinte, où se fixe le commerce de l'alimentation, tandis que sur la rive gauche elle enferme le quartier Latin sans inclure certains bourgs riverains développés autour des abbayes. Le rempart était construit en pierre avec deux parements en petit appareil et un blocage de moellons noyés dans un ciment, et il formait un chemin de ronde dallé protégé par un parapet crénelé. Le mur était flanqué de tournelles et de tours régulièrement espacées et ponctué de portes et de poternes, certaines renforcées ultérieurement par des barbicanes, herses et ponts-levis. Des tours semi‑cylindriques, d’un diamètre d’environ six mètres et hautes d’une quinzaine de mètres, ponctuaient la courtine, tandis que quatre tours d’extrémité, beaucoup plus imposantes, contrôlaient la navigation et permettaient de tendre des chaînes entre les rives. Les ouvertures vers la ville étaient protégées par des vantaux de chêne bardés de fer et encadrées par de fortes tours; d’autres poternes, plus petites, complétaient le dispositif. L’enceinte occupe alors un vaste périmètre urbain en incorporant des terrains encore peu bâtis et accompagne l’essor de Paris : installation de marchés, développement des collèges sur la rive gauche et affirmation de la ville comme centre politique et culturel. Les travaux se sont déroulés d’abord sur la rive droite puis sur la rive gauche, la priorité ayant été donnée aux secteurs jugés les plus exposés, et la forteresse du Louvre fut aménagée pour renforcer la défense ouest. Les propriétaires expropriés furent indemnisés et le chantier fut financé principalement par le Trésor royal, la contribution des bourgeois restant probable pour certains ouvrages. Après son édification, l’enceinte a été modernisée par le creusement de fossés et d’arrière‑fossés, l’utilisation contrôlée des inondations, le renforcement des portes et l’aménagement de voies intérieures pour l’artillerie. À la suite de l’agrandissement de la ville, une nouvelle enceinte a été édifiée sur la rive droite sans démolir complètement l’ouvrage de Philippe‑Auguste, qui resta longtemps solide et visible. Dès le XVIe siècle, la vente et la location des terrains d’assiette entraînèrent le démantèlement progressif des courtines, et les fossés proches de la Seine furent couverts puis remblayés au siècle suivant, rendant l’enceinte largement invisible. Malgré cela, des vestiges subsistent, souvent intégrés aux constructions postérieures : courtines utilisées comme murs d’appui, tours réemployées comme cages d’escalier, arches et bases de tours. Plusieurs portions de mur, bases de tours et autres traces sont visibles dans le cœur de Paris et un certain nombre d’entre elles sont classées au titre des monuments historiques depuis 1889. L’ancien tracé de la fortification marque encore l’orientation de certaines rues et l’organisation du tissu urbain sur les deux rives.