Patrimoine classé
Enceinte médiévale de la ville (vestiges du mur) (cad. 1 206, 216/206, 221/205, 222/33, 223/65, 224/78, 229/206, 235/206, 239/206, 240/206 ; 2 60 ; 3 95/79, 256 ; 4 113/56, 114/55, 115/88, 118/56, 128/55, 129/55, 133/55 ; 5 88/35, 89/37, 90/47, 91/54 ; 17 110/3, 112/76, 115/76, 162/5, 164, 165) : inscription par arrêté du 6 février 1989
Personnages clés
| Frédéric II de Hohenstaufen - Empereur germanique |
Reconnaît Molsheim comme « ville » avant 1262. |
| Reinbold Liebenzeller - Chef militaire strasbourgeois |
Vainqueur à Hausbergen (1262), menace Molsheim. |
| Jean de Dirpheim - Seigneur local |
Agrandit probablement le rempart oriental vers 1318. |
| Robert Ier du Palatinat - Comte palatin du Rhin |
Prend et incendie Molsheim en 1388. |
| Gustaf Horn - Général suédois |
Prend Molsheim en 1632 pendant la guerre de Trente Ans. |
Origine et histoire de l'enceinte médiévale
Les remparts de Molsheim, édifiés principalement entre 1250 et 1320, remplacent des fortifications antérieures en terre et bois. Construits en grès, ils ceignent la ville sur environ 2 200 mètres, formant un quadrilatère irrégulier de 500 à 600 mètres de côté. Leur hauteur (7 à 8 mètres) et leur épaisseur variable (jusqu’à 1,70 mètre) en faisaient une défense redoutable, renforcée par des tours et trois portes fortifiées. La porte des Forgerons (« Schmiedtor »), seule subsistante, marquait l’entrée sud, tandis que les portes de la Montagne (« Bergtor ») et des Tanneurs (« Gerbertor ») ont disparu. Ces remparts, inscrits aux Monuments Historiques en 1989, illustrent l’urbanisation médiévale alsacienne.
La construction des remparts coïncide avec la reconnaissance de Molsheim comme « ville fortifiée » (oppidum) en 1252, bien qu’ils restent incomplets lors de la bataille de Hausbergen (1262), où la cité paie une rançon pour éviter le pillage. Une phase majeure de construction a lieu entre 1250 et 1260, période où 29 des 80 enceintes alsaciennes sont bâties. Jean de Dirpheim, après le transfert de souveraineté aux évêques de Strasbourg (1308-1309), aurait agrandi le rempart oriental pour inclure un hospice. Malgré ces renforcements, la ville subit plusieurs sièges : incendie par Robert Ier du Palatinat en 1388, bombardements lors de la guerre des évêques (1592), et prises successives pendant la guerre de Trente Ans et la guerre de Hollande.
Les remparts, partiellement détruits au XIXe siècle pour faciliter l’expansion urbaine, conservent des vestiges significatifs. Leur structure défensive comprenait des meurtrières, des embrasures de tir, et des escaliers intérieurs pour accéder au sommet. La tour aux poudres (« Pulverturm »), à l’ouest, était équipée de canonnières protégées par des pierres saillantes. Bien que Molsheim ait perdu son statut de place forte majeure après le XVe siècle, ses remparts restent un témoignage exceptionnel de l’architecture militaire médiévale en Alsace, reflétant à la fois les conflits locaux et les évolutions urbaines de la région.
Au-delà de leur rôle défensif, les remparts symbolisaient le statut politique de Molsheim. Leur construction s’inscrit dans un mouvement régional : des villes voisines comme Rosheim, Obernai ou Dachstein érigeaient leurs propres enceintes entre 1250 et 1350. La comparaison avec Obernai, dont les remparts étaient jugés aussi solides en 1400, souligne l’importance stratégique de Molsheim. Cependant, les guerres religieuses (XVIe–XVIIe siècles) et les conflits européens (guerre de Trente Ans) ont progressivement affaibli son système défensif, malgré des réparations ponctuelles. Aujourd’hui, les vestiges inscrits offrent un aperçu de cette histoire mouvementée.