Origine et histoire
La ferme du château de Trappes s’élève sur les vestiges d’un château du XIIe ou XIIIe siècle, construit dans la villa muralis (ville fortifiée) de Trappes. Ce château, jamais résidence seigneuriale, servait de gîte d’étape pour les rois de France, notamment Louis IX (Saint Louis), Louis X le Hutin, Henri IV et Louis XIV. Propriété successive des abbayes royales (Notre-Dame d’Argenteuil, Saint-Denis) puis des Dames de Saint-Louis à Saint-Cyr, il fut transformé en ferme à la fin du XVIIe siècle. Ses murs d’enceinte, fossés et onze tourelles (dont une abattue vers 1920) en faisaient une place forte stratégique.
Pendant la guerre de Cent Ans, le château abritait les populations locales (Trappes, Élancourt) contre les pillages des routiers et écorcheurs, comme ceux menés par le Prince Noir en 1356. En 1358, durant la Jacquerie, des insurgés parisiens incendièrent le manoir du chevalier Jean Rigaud, capitaine du château. François Ier y déjeuna en 1547 et fit renforcer ses fortifications. Aux XVIe–XVIIe siècles, le site perdit son rôle défensif et devint une ferme, tandis que ses douves, sa prison (marquée par des barreaux aux fenêtres) et son four banal rappelaient son passé seigneurial.
En 1686, les terres passèrent aux Dames de Saint-Cyr, qui les louèrent à des fermiers comme les Dailly. Sous la Révolution, la ferme fut vendue comme bien national et achetée en 1792 par Thomas Pluchet, époux de Denise Dailly. Leur descendant, Vincent Charlemagne Pluchet, modernisa l’exploitation au XIXe siècle et inventa une charrue en 1829. La famille Pluchet conserva la ferme jusqu’en 1945, date à laquelle elle fut vendue aux Cuypers, immigrants belges. Aujourd’hui, les bâtiments, partiellement transformés en logements et locaux d’activités, conservent des traces du château (porche monumental, mare médiévale, pierres chasse-roue).
Le site abrite aussi des vestiges archéologiques, comme un bracelet de bronze gallo-romain découvert au « Petit mont » (inscrit au XIXe siècle) et les traces d’une synagogue médiévale, signalée en 1887 dans la cour. En 2017, la mare historique, mentionnée dès le Moyen Âge et présente sur les plans napoléoniens (1811), fut réaménagée pour préserver sa biodiversité. Un tableau du XIXe siècle, La Ferme à Port Royal, témoigne de son importance patrimoniale.
La ferme illustre l’évolution d’un site seigneurial en exploitation agricole, reflétant les mutations sociales et économiques de l’Île-de-France, des guerres médiévales à la Révolution industrielle. Son parc, acquis par la commune dans les années 1970, est aujourd’hui l’espace public « parc Le Village ».