Origine et histoire de la Forteresse royale
La forteresse royale de Najac, édifiée sur un éperon rocheux dominant la vallée de l'Aveyron, trouve ses origines vers 1100 avec la construction d’un premier castrum par Bertrand de Saint-Gilles, fils du comte Raymond IV de Toulouse. Ce donjon roman, base de l’actuel château, servait de verrou stratégique dans la Basse-Marche du Rouergue, face aux ambitions des Trencavel en Albigeois et des comtes de Barcelone. Le site, partagé entre plusieurs lignages locaux (Najac, Cadoule, Gros), devient un enjeu des conflits méridionaux du XIIe siècle, notamment lors de la guerre opposant Alphonse Jourdain de Toulouse à Roger Trencavel (1141-1142).
Au XIIIe siècle, le château est entièrement reconstruit entre 1253 et 1266 par Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX et comte de Toulouse par son mariage avec Jeanne de Toulouse. Ce « château neuf », de style gothique philippien, intègre la tour romane primitive et ajoute des courtines de 25 mètres de haut, des tours rondes anti-sape, et des archères record de 6,80 mètres — conçues pour trois archers simultanés. Najac, siège d’une viguerie royale, contrôle alors les défilés de l’Aveyron et sécurise les communications entre le Rouergue et les provinces réunies à la Couronne. Son donjon, culminant à 200 mètres au-dessus de la rivière, symbolise la puissance capétienne face aux Plantagenêts.
Le château joue un rôle clé pendant la guerre de Cent Ans : occupé par les Anglais à la fin du XIVe siècle, il est repris par les Najacois grâce à une ruse. Jusqu’en 1370, il abrite le siège de la sénéchaussée de Rouergue, avant son transfert à Villefranche. Aux XVIe et XVIIe siècles, il est le théâtre des guerres de Religion (siège par les catholiques en 1573) et de la révolte des Croquants (prise par les paysans en 1643, reprise par les troupes de Mazarin). Abandonné après 1650, il est vendu comme bien national en 1794 et partiellement démantelé comme carrière de pierres.
Sauvé de la ruine au XIXe siècle par la famille Cibiel, le château est classé monument historique en 1925. Ses particularités architecturales — cachot médiéval, chapelle aux traces de peintures, couloir dérobé reliant la tour romane au donjon — en font un témoignage intact de l’art militaire du XIIIe siècle. Jamais pris par la force, il illustre l’évolution des techniques défensives, du castellum roman à la forteresse royale capétienne.
La forteresse est aujourd’hui ouverte au public. Son histoire reflète les luttes féodales du Midi (Toulouse vs Trencavel), l’intégration du Rouergue au domaine royal, et les bouleversements sociaux des XVIe–XVIIe siècles. Les archères géantes, uniques au monde, et sa position stratégique en font un site majeur du patrimoine occitan.