Origine et histoire de la Grande synagogue
La Grande synagogue de Lyon, située 13 quai Tilsitt dans le 2e arrondissement, fut construite entre 1863 et 1864 par l’architecte Abraham Hirsch dans un style néo-byzantin. Ce projet naît de l’essor de la communauté juive lyonnaise, initialement rattachée au consistoire de Marseille, puis autonomisée en 1849 avec la création d’un rabbinat local. Le terrain, cédé par la ville en échange d’une soulte, permit d’ériger un édifice symbolisant l’ancrage de la communauté dans la cité rhodanienne.
L’inauguration eut lieu le 23 juin 1864 en présence des autorités civiles et religieuses, marquant l’aboutissement d’un processus initié en 1857 par la création d’un consistoire régional sous Napoléon III. Le bâtiment, inscrit aux monuments historiques en 1984, se distingue par sa coupole bleue, ses douze colonnes symbolisant les tribus d’Israël, et une abside abritant l’Arche sainte. Son architecture reflète les innovations technologiques du XIXe siècle, bien que des problèmes structurels (infiltrations, dégradations) aient nécessité des restaurations ultérieures.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la synagogue devint un lieu de résistance et de souffrance pour la communauté juive lyonnaise. En décembre 1943, un attentat à la grenade visa les fidèles pendant un office, faisant huit blessés légers. En juin 1944, la milice française arrêta plusieurs membres du consistoire, déportés ensuite à Auschwitz via Drancy. À la Libération, le rabbin David Feuerwerker abolit l’usage de l’orgue lors des offices, marquant une rupture avec certaines traditions préexistantes.
L’édifice, propriété de l’Association cultuelle israélite, comprend deux bâtiments : l’un abritant les bureaux du consistoire et un oratoire, l’autre dédié à la salle de prière principale, avec une galerie réservée aux femmes. La synagogue accueille aujourd’hui environ 40 000 fidèles dans la métropole lyonnaise, sous la direction du rabbin Nissim Malka. Des travaux de restauration, soutenus par la ville et la région, visent à préserver ce patrimoine unique, témoin de l’histoire juive en France.
L’architecture intérieure se caractérise par une nef centrale flanquée de collatéraux, une bimah en bois, et des vitraux apportant une lumière naturelle sous la coupole. Les plaques commémoratives des soldats de la Première Guerre mondiale, profanées pendant l’Occupation, rappellent aussi le rôle mémoriel du lieu. Classée depuis 1984, la synagogue reste un symbole de résilience et de continuité culturelle pour la communauté juive de Lyon.