Origine et histoire de l'Hôtel de Burtaigne
L’hôtel de Burtaigne est une demeure patricienne construite à Metz dans la première moitié du XVIe siècle, durant la Renaissance, par la famille Gournay, membre influente des paraiges messins. Érigé dans les dernières années de la République messine, il illustre la transition architecturale entre le Moyen Âge et la Renaissance, avec une façade ornée de bandeaux moulurés et de sculptures grotesques. Son emplacement stratégique près de la Seille, à proximité du Champ-à-Seille (actuelle place Coislin), en faisait un lieu central pour le commerce et la vie politique locale. L’hôtel est mentionné pour la première fois en 1531 lors du mariage de Claude de Gournay, marqué par l’effondrement de sa galerie, un événement rapporté par les chroniques de l’époque sans faire de victimes.
Au fil des siècles, l’hôtel de Burtaigne a abrité des figures variées reflétant l’histoire de Metz : ville libre d’Empire sous les Gournay, ville royale française au XVIIIe siècle lorsqu’il accueille la Ferme générale (ancêtre du Trésor Public), et centre commercial avec des entreprises de vin et de fer. Il fut aussi le lieu de naissance des généraux Munier, acteurs des guerres du Second Empire, et le cadre d’œuvres caritatives menées par Caroline Colchen Carré de Malberg et Anne-Marie-Célestine Michel, fondatrices d’orphelinats et d’associations laïques. Son architecture, modifiée aux XVIIe et XVIIIe siècles (fenêtres agrandies, escalier d’honneur ajouté), conserve des éléments Renaissance comme les médaillons sculptés et le porche d’entrée.
Classé Monument historique en 2006 après une campagne de restauration initiée dans les années 1970 par l’historien Jean-Marie Diligent, l’hôtel a subi des transformations majeures : destruction partielle des communs au XXe siècle, reconstruction néo-Renaissance en 1906, et dommages lors de la Seconde Guerre mondiale. Les caves, d’origine médiévale, révèlent une construction en plusieurs phases, avec des voûtes perpendiculaires ou parallèles à la rue. Aujourd’hui, après des décennies de divisions et d’usages variés (logements, entrepôts, imprimerie), le site est en cours de réhabilitation par le Groupe François 1er, marquant une nouvelle étape dans son histoire pluriséculaire.
Un mythe tenace, mais infondé, affirme que l’hôtel aurait servi de quartier général au duc de Guise lors du siège de Metz par Charles Quint en 1552. Les sources historiques contredisent cette allégation, soulignant plutôt son rôle résidentiel et économique. Les Gournay, propriétaires initiaux, étaient liés à la noblesse lorraine et à la gouvernance messine, comme en témoigne la présence de Michel de Gournay, conseiller du duc Antoine de Lorraine. L’édifice, scindé en deux immeubles au XIXe siècle (nos 4 et 6 place des Charrons), a aussi abrité un temple protestant au XVIIe siècle pour les mercenaires suisses calvinistes de la garnison, toléré malgré la révocation de l’édit de Nantes.
Les affectations successives de l’hôtel reflètent les mutations de Metz : siège de la Ferme générale sous Louis XV, commerce de vin et de fer aux XIXe et XXe siècles, et lieu de mémoire avec les œuvres sociales d’Anne-Marie-Célestine Michel, proche de Mgr Pelt. Les restaurations récentes ont permis de retrouver des éléments originaux, comme la cheminée Renaissance ou les lambris du XVIIe siècle, tout en intégrant des modifications contemporaines. Son classement intégral en 2006 consacre son importance patrimoniale, mêlant histoire locale, architecture et mémoire collective.