Origine et histoire
Le manoir d'Aigueblanche, aussi appelé château des sires de Briançon, est une ancienne maison forte érigée à la fin du XIIIe siècle pour contrôler l’accès à Moûtiers. Elle remplace une motte castrale médiévale et s’inscrit dans un bourg fortifié, entouré de murailles dont des vestiges subsistent. Ce site, situé sur la rive droite de l’Isère, communiquait autrefois avec une voie romaine via un pont de bois, aujourd’hui remplacé par le pont du Bourgeaillet. La seigneurie, détenue par la famille de Briançon, est érigée en marquisat en 1680 après des siècles de transformations architecturales et de changements de propriétaires.
À l’origine, la maison forte était ceinte de murs défensifs, avec une tour-résidence carrée et une tour en fer à cheval abritant un escalier à mâchicoulis. Les réaménagements des XVe et XVIe siècles (fenêtres à meneaux, plafonds à caissons) adoucissent son aspect austère. Le manoir passe entre les mains de familles nobles : les Briançon (jusqu’au XIVe siècle), les Montmayeur (jusqu’au XVIe siècle), puis les Saint-Thomas après 1639. En 1743, il résiste à une attaque espagnole lors d’un conflit opposant les troupes sardes aux miquelets du comte Acquaviva.
La seigneurie d’Aigueblanche, donnée en fief en 1202 à Gérald de Briançon, devient un enjeu stratégique pour le contrôle de la Tarentaise. Au XIVe siècle, Léonette de Briançon l’apporte en dot aux Montmayeur, qui le conservent jusqu’au XVIe siècle. En 1559, Nicolas de Montmayeur modernise le château, ajoutant des éléments Renaissance. Le marquisat, créé en 1680 pour Charles-Victor-Joseph de Saint-Thomas, marque l’apogée de son prestige. Entre 1716 et 1784, les paysans rachètent les droits féodaux, affaiblissant progressivement son pouvoir seigneurial.
Le manoir, vendu à Monsieur Ancenay de 1884 à 1901, conserve des traces de son passé médiéval : cul-de-lampe sculptés, plafond en bois de sapin, et encadrements de pierre moulurés. Les vestiges des murailles, visibles jusqu’au XIXe siècle, rappellent son rôle défensif. Aujourd’hui, il témoigne de l’évolution architecturale et politique de la Savoie, entre Moyen Âge et époque moderne.