Origine et histoire
La manufacture de velours et coton Cosserat, fondée en 1794, est une entreprise textile d'Amiens qui a longtemps porté le renom du velours d'Amiens. L'activité s'est poursuivie sur le site actuel après l'installation, en 1857, d'un tissage mécanique composé de 400 métiers importés d'Angleterre. De cette première campagne d'aménagement ne subsiste que la roue encagée de type Sagebien, rebâtie en 1880, qui entraînait les machines à vapeur du tissage. L'atelier s'est étendu progressivement : en 1879 vers la rive gauche sur l'emplacement de l'ancienne filature Dupont-Bacqueville, puis par diverses constructions entre les années 1880 et 1908. Entre 1885 et 1886 furent élevés une partie des bâtiments de la teinturerie et la maison de concierge, à la fin des années 1880 la coopérative et la menuiserie, et entre 1890 et 1908 la salle des 500 métiers avec sa salle des machines, le bâtiment administratif (1891) et la maison de la direction (1898). La manufacture occupe le nord-ouest d'Amiens, en bordure de la Somme et à la confluence avec la Selle, face à l'île Sainte-Aragonne. Un bras canalisé de la Selle traverse l'usine et alimente la roue à aubes Sagebien, accessible depuis la seconde cour par un petit pont. Le site comporte plusieurs bâtiments généraux du XIXe siècle : un réfectoire d'un seul niveau coiffé d'un clocheton horloge portant la date 1891, la maison du gardien près de la grille d'entrée, et la maison du directeur, plus vaste et entourée d'un jardin. Les bureaux administratifs se trouvaient dans un bâtiment en briques construit en 1886 ; la coopérative date de 1890 et les écuries de 1889. Dans la cour principale, le monument aux morts élevé après la Première Guerre mondiale porte une plaque listant, par année, les ouvriers des établissements Cosserat morts pour la France ; la première ligne indique le nom de Jean Cosserat (1895‑1915). Parmi les bâtiments industriels, la "salle des 500 métiers" dédiée au tissage du velours a été édifiée entre 1886 et 1891 ; au début 2022 subsistaient essentiellement ses façades et ses poutres métalliques soutenues par des piliers. La vaste salle des machines à vapeur, dite la "cathédrale", est un haut bâtiment en briques rouges et blanches construit en 1891, dont le fronton porte l'inscription "Manufacture de velours" ; deux machines y étaient installées dans une salle à l'étage qui fut surmontée d'une verrière en 1931 après un incendie. L'atelier du tissage des toiles et de l'ourdissage, ainsi que le bâtiment qui abritait la machine à vapeur, datent de 1857, et le bâtiment des chaudières a été édifié entre 1893 et 1903, conservant sa cheminée de briques. À la fin du XIXe siècle, la manufacture comprenait d'autres ateliers — séchoirs, coupe du velours, blanchiment, teinturerie, encollage — dont les bâtiments ont ensuite été détruits ou transformés. L'introduction de la fabrication du velours de coton à Amiens est antérieure à la manufacture Cosserat, Honoré Matifas ayant commencé cette production en 1762. La manufacture est partiellement inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 11 juin 2001 ; la protection couvre les façades et toitures des bâtiments anciens, les dispositions intérieures de la salle des machines et le monument aux morts de l'entreprise.