Origine et histoire du Mémorial Hartmannswillerkopf
Le Hartmannswillerkopf, rebaptisé Vieil-Armand après 1918, est un sommet stratégique des Vosges (957 m) disputé lors de la Première Guerre mondiale. Situé à 7 km de Thann, il marquait la ligne de front entre l'Alsace française libérée en 1914 et les territoires sous contrôle allemand. Les combats, particulièrement violents en 1915 (janvier, mars, avril, décembre), firent près de 25 000 morts, majoritairement français, valant au lieu les surnoms de Mangeur d'hommes (côté français) ou Montagne de la Mort (côté allemand).
Le monument national, érigé au col du Silberloch, comprend une crypte-ossuaire et un cimetière militaire de 1,67 ha abritant 1 256 tombes individuelles et 6 ossuaires (384 dépouilles). Les statues ailées de l’entrée et la Vierge centrale sont œuvres du sculpteur Antoine Bourdelle. À proximité, le champ de bataille conserve 45 km de tranchées, des abris bétonnés allemands (comme la tranchée de la Suisse Lippique) et des vestiges classés monuments historiques depuis 1921. L’asymétrie des fortifications – béton armé côté allemand, tranchées sommaires côté français – reflète leurs stratégies défensive et offensive.
Le site, symbole de réconciliation franco-allemande, a accueilli en 2014 une commémoration inédite avec les présidents Hollande et Gauck, marquant le centenaire de la Grande Guerre. Un historial franco-allemand y a été inauguré en 2017 par Macron et Steinmeier. Le sommet offre aussi un panorama exceptionnel sur la plaine d’Alsace, la Forêt-Noire, et par temps clair, les Alpes bernoises. Les artistes, comme le peintre François Flameng, ont immortalisé ces combats, tandis que des films (Jules et Jim) ou documentaires (HWK, la mangeuse d’hommes) perpétuent sa mémoire.
La toponymie du lieu mêle influences alsacienne et française : Hartmannswillerkopf (tête de Hartmannswiller) fut francisé en Vieil-Armand par les Poilus, déformant phonétiquement Hartmannsweiler. Le cimetière du Silberloch, près de la route des Crêtes, et le monument du 152e Régiment d’Infanterie (surnommé Diables rouges) rappellent l’intensité des affrontements. Les souterrains et galeries, diagnostiqués par le BRGM pour le centenaire, ont fait l’objet de sécurisations pour permettre les visites.
Classé parmi les quatre monuments nationaux de 14-18 avec Douaumont ou Notre-Dame-de-Lorette, le Vieil-Armand illustre la brutalités des combats en montagne. La proximité des lignes (22 m entre positions françaises et allemandes au sommet) imposait un silence constant pour éviter d’être entendus. Aujourd’hui, des sentiers balisés permettent de découvrir ce lieu de mémoire, où nature et histoire se mêlent pour évoquer le sacrifice des soldats et l’absurdité de la guerre.