Origine et histoire du Menhir de Saint-Uzec
Le menhir de Saint-Uzec, situé à Pleumeur-Bodou (Côtes-d’Armor), est un bloc de granite de 7,40 m de hauteur et 80 tonnes, érigé au Néolithique. Sa face nord porte des traces d’érosion attestant de son redressement : deux cuvettes prémégalithiques et neuf rigoles postmégalithiques formées par les pluies. Ces détails révèlent son orientation initiale couchée, puis verticale, typique des pratiques mégalithiques de l’époque.
En 1674, le père jésuite Julien Maunoir, surnommé « l'apôtre de la Bretagne », christianise le menhir lors d’une mission. Il le fait intégrer à un placître, sculpter, peindre et surmonter d’une croix, transformant ce symbole païen en un calvaire. Cette christianisation reflète une stratégie d’assimilation des cultes locaux par l’Église, mêlant traditions païennes et symboles chrétiens. Le nom erroné de Saint-Duzec provient d’une confusion linguistique bretonne avec Saint Josse.
La face sud du menhir porte un ensemble sculpté représentant la Passion du Christ, organisé en trois registres. On y trouve une croix en granite avec un Christus patiens, ainsi que 27 bas-reliefs mêlant symboles chrétiens (instruments de la Passion, Vierge Marie) et païens (soleil, lune, déesse-mère celtique). Ces sculptures, initialement polychromes comme en attestent des cartes postales anciennes, ont été restaurées en 2005 pour révéler les figures masquées par des lichens.
Classé monument historique en 1889 sous le nom de Menhir de Saint-Duzec, le site appartient à la commune de Pleumeur-Bodou. La restauration de 2005, menée par les Bâtiments de France, a permis de retrouver partiellement les motifs effacés, dont un Christ polychrome aujourd’hui disparu. Le menhir illustre ainsi à la fois le patrimoine mégalithique breton et son appropriation par l’histoire religieuse locale.
Le décor originel, décrit dans des documents du XIXe et XXe siècles, combinait pigments et symboles syncrétiques. La croix sommital, fixée par des cales rouillées, domine un fronton à volutes encadrant des scènes de la Passion disposées sans ordre chronologique strict. Parmi les éléments remarquables figurent le coq du Reniement de Pierre, les dés des soldats romains, et des outils comme les tenailles de la Crucifixion, reflétant une iconographie riche et hybride.