Origine et histoire
L’entrée de métro de la station Jaurès, située dans le 19e arrondissement de Paris, fait partie des 167 accès conçus par l’architecte Hector Guimard pour le réseau parisien au tout début du XXe siècle. Ces ouvrages, commandés en urgence pour l’Exposition universelle de 1900, marquent l’apogée de l’Art nouveau en France. Guimard, bien que n’ayant pas remporté le concours officiel organisé par la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), se voit confier le projet en janvier 1900 grâce à des soutiens influents, dont celui du banquier Adrien Bénard ou des membres du conseil municipal. Ses créations, mêlant fer, fonte, verre et lave émaillée, rompent avec les modèles traditionnels jugés trop encombrants ou figuratifs.
Les entrées de Guimard se déclinent en deux types principaux : les édicules, structures couvertes aux toitures audacieuses (comme le modèle B en forme de libellule), et les entourages, balustrades légères surmontées de candélabres et d’enseignes en fonte sculptée. Le style de Guimard, caractérisé par des lignes courbes inspirées du végétal (brins de muguet, feuilles, tiges), s’oppose aux critiques qui y voient un « style nouille » ou une esthétique trop fantaisiste. Malgré leur succès initial, ces entrées sont progressivement abandonnées après 1913, la CMP privilégiant des modèles plus sobres, notamment après l’incendie du métro Couronnes en 1903. La plupart des édicules sont détruits dans l’entre-deux-guerres, victimes de la désaffection pour l’Art nouveau et de l’essor de l’Art déco.
La station Jaurès, comme d’autres accès Guimard, bénéficie à partir des années 1960 d’un regain d’intérêt pour ce patrimoine. En 1978, 86 ouvrages subsistants sont inscrits aux Monuments historiques, dont l’entourage de la station, protégé par arrêté du 12 février 2016. Les restaurations menées depuis les années 1990 visent à retrouver les couleurs et matériaux d’origine (verts grisés, oranges, lave émaillée), tout en adaptant les enseignes à une police moderne inspirée de Guimard. Aujourd’hui, ces entrées, devenues des icônes du Paris de la Belle Époque, symbolisent à la fois l’audace créatrice de leur architecte et les défis de la préservation du patrimoine industriel.
Hector Guimard collabore avec des artisans d’exception pour réaliser ses entrées, comme la Fonderie d’art du Val d’Osne pour les fontes, ou Eugène Gillet pour les panneaux de lave émaillée produits à Saint-Denis. Les verrines orangées, comparées à des larmes ou des fruits, et les enseignes au lettrage Art nouveau (réduit au mot « Métropolitain » puis « Métro ») deviennent des éléments distinctifs du paysage parisien. Malgré les conflits avec la CMP, notamment sur les coûts et la propriété intellectuelle, Guimard impose un style modulaire et économique, permettant une production en série. Ses créations, initialement critiquées pour leur exubérance, finissent par incarner l’identité visuelle du métro, au point d’être reproduites ou exposées à l’étranger (comme à Montréal ou New York).
L’entrée de la station Jaurès, comme celle de Porte Dauphine ou Abbesses, témoigne de la postérité de Guimard. Bien que la majorité des édicules aient disparu, les entourages restants, avec leurs écussons ajourés et leurs candélabres élancés, continuent de fasciner. Leur esthétique, entre abstraction et référence organique (libellules, hippocampes, carapaces), influence des générations d’artistes, du cinéma (Louis Malle, Henri-Georges Clouzot) à la bande dessinée (Jacques Tardi, Enki Bilal). Classées parmi les symboles de la Belle Époque, ces entrées rappellent aussi les tensions entre innovation artistique et contraintes urbaines, un héritage toujours visible dans le 19e arrondissement.
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