Origine et histoire du Musée du Château des ducs de Bar
Le château des ducs de Bar, perché sur un éperon rocheux en bout de la Ville Haute de Bar-le-Duc, dominait la vallée de l'Ornain et la Ville Basse. Démantelé par ordre du roi de France en 1670, il ne conserve aujourd'hui que le Neuf-Castel du XVIe siècle et quelques vestiges de fortifications, notamment la tour de l'Horloge et la tour Heyblot. Le château servait d'habitation aux comtes puis aux ducs de Bar, et occasionnellement de résidence aux ducs de Lorraine. Depuis 1970 le Neuf-Castel abrite le musée Barrois ; une partie du bâtiment est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 23 avril 1981.
Le site a été occupé dès la seconde moitié du Xe siècle, lorsque le duc Frédéric Ier fit édifier un château fort sur le mont Bar pour protéger son territoire. Le positionnement sur un éperon protégé par deux ravins et dominé par un plateau en fait un emplacement stratégique. Aux XIIIe et XIVe siècles, les comtes de Bar installèrent leur cour au château ; l'éperon était alors entouré d'une double enceinte qui comprenait la collégiale Saint-Maxe et divers bâtiments canoniaux. Cette place forte abritait une garnison, un arsenal et des provisions, de manière à soutenir un siège.
Au XVe siècle, sous René II, le château devint une résidence richement meublée : une grande salle de réception, dite Grande galerie, fut aménagée et Philippe de Gueldre fit tracer un jardin à l'italienne sur l'emplacement de la première ligne de défense. Pendant son séjour à Bar-le-Duc, René II fit restaurer l'ancien logis et fit construire en 1499, près de la porte romane dite la « Belle Porte », une salle voûtée en pierre destinée au Trésor des Chartes de Lorraine. En 1523 le duc Antoine ajouta une salle d'audience, et en 1567 le duc Charles III fit édifier dans la cour intérieure le Neuf-Castel, accueillant notamment la Chambre des comptes ; le bâtiment comprend un corps de logis et deux ailes en retour d'équerre, dans un ensemble proche du gothique flamboyant.
Délaissé au XVIIe siècle, le château se dégrada et fut ravagé par un incendie en 1649 ; la ville et le château connurent par ailleurs une occupation militaire française de 1632 à 1661. En 1670 Louis XIV ordonna le démantèlement des fortifications de la ville et du château, ne conservant que les éléments jugés inoffensifs. La Révolution entraîna la laïcisation de la ville et la destruction de la collégiale Saint-Maxe. Au XIXe siècle, un couvent de sœurs dominicaines fut construit à l'emplacement de l'ancienne habitation ducale et la chapelle Saint-Louis fut édifiée à partir de 1859, surmontée en 1960 d'une statue de Notre-Dame de la Protection due au sculpteur Schmirdlin.
L'idée d'un musée à Bar-le-Duc remonte aux années 1820, portée par l'architecte départemental Joseph-Théodore Oudet ; en 1841 le musée Barrois fut installé dans l'hôtel de Florainville grâce au maire Paulin Gillon, avec Oudet comme conservateur. Dès 1843 le musée présentait des sections d'histoire naturelle, peinture, sculpture et antiquités et s'enrichit de dons privés et d'apports de l'État, de médailles, d'œuvres des ducs de Bar et de Lorraine, ainsi que d'objets archéologiques issus de fouilles à Nasium et des travaux du canal de la Marne au Rhin. Des contributions d'archéologues amateurs et la création en 1862 d'une galerie consacrée aux illustrations militaires de la Meuse complétèrent les collections. Après une période de moindre activité entre les deux guerres, le musée reçut en 1936 une importante donation de Raymond Poincaré ; à la mobilisation de 1939 les collections furent mises en caisse, puis certaines furent montrées après-guerre dans des salles de l'hôtel de ville.
En 1966 la Société de géographie de l'Est céda ses collections ethnographiques, et en 1970 il fut décidé d'installer le musée dans le Neuf-Castel, alors occupé par une école ; après travaux le musée ouvrit au public dans ce nouvel emplacement en 1974. Le musée Barrois a reçu le label « musée de France » le 1er février 2003 ; sa gestion a été transférée à la Communauté d'agglomération en 2013, les collections demeurant propriété municipale. Fermé au public depuis octobre 2020 pour travaux structurels, l'établissement procède à l'inventaire de ses collections et prépare la création de nouvelles réserves conformes aux normes des Musées de France.
Les collections couvrent l'histoire locale, avec une importante série de portraits des ducs de Bar et de Lorraine, des éléments architecturaux, des objets d'art décoratif, un petit cabinet de curiosités et une collection d'armes et d'armures illustrant la Guerre de Trente Ans. La salle du Trésor des Chartes rassemble des sculptures lorraines du XIIIe au XVIIe siècle, parmi lesquelles on trouve des gisants, des groupes religieux et des œuvres attribuées à Ligier Richier ou à son entourage, ainsi que des moulages comme celui du Transi. Le musée conserve par ailleurs des peintures et des arts décoratifs de la Renaissance au XVIIIe siècle, avec des œuvres d'artistes tels que Jan Pieter van Bredael le Jeune, Jan Steen, Louis Jean François Lagrenée et Louis Yard, ainsi qu'une collection de faïences d'Argonne. Les XIXe et XXe siècles sont représentés par des peintures et des sculptures de divers courants, avec des œuvres de Joseph Guichard, Luigi Loir, Jean Boucher, Paul Dubois et Auguste Rodin. Les collections archéologiques comprennent des pièces gallo-romaines provenant notamment de Nasium et de la nécropole de Gondrecourt, telles que intailles, têtes de divinité, stèles et fibules, ainsi que des vestiges d'architecture publique. Enfin, la section ethnographique, héritée de la Société de géographie de l'Est, expose des objets provenant d'Afrique, d'Océanie, d'Extrême-Orient et d'Amérique, parmi lesquels une représentation de Quetzalcóatl, une armure japonaise, un masque hyène Bwa, un tambour du Sénégal et diverses armes étrangères.