Origine et histoire du Musée du château
Le château de Lunéville, situé dans la ville éponyme en région Grand Est, trouve ses origines au Moyen Âge avec un premier castrum bâti vers l’an mil par les comtes de Metz pour contrôler la route du sel. Ce site stratégique, transformé en château fort au XIIe siècle par Hugues Ier de Lunéville, passe sous domination des ducs de Lorraine en 1243. Les souverains lorrains, comme Raoul ou René II, y séjournent régulièrement et y réalisent des aménagements, notamment une chapelle castrale en 1343. Au XVIe siècle, Charles III modernise les défenses avec une enceinte bastionnée, mais le château médiéval, en ruine, est reconstruit au début du XVIIe siècle par Henri II dans un style Renaissance.
En 1703, le duc Léopold Ier, ne pouvant restaurer le palais ducal de Nancy occupé par les troupes françaises, choisit Lunéville pour édifier une nouvelle résidence inspirée de Versailles. Les travaux, dirigés successivement par Pierre Bourdict, Nicolas Dorbay et Germain Boffrand, s’étalent jusqu’en 1723, malgré des contraintes financières et un incendie en 1719. Le château, en forme de H inachevé (l’aile nord manquante), devient le symbole de la souveraineté lorraine. Léopold y meurt en 1729, laissant place à son fils François III, puis au roi de Pologne Stanislas Leszczyński, qui en fait un foyer intellectuel et artistique majeur du siècle des Lumières.
Stanislas, bien que souverain nominal sous tutelle française, transforme les jardins et le parc en un ensemble exceptionnel, agrémenté de fabriques exotiques (kiosque, trèfle, rocher aux automates) conçues par Emmanuel Héré. Sa cour attire des philosophes comme Voltaire ou Montesquieu, faisant de Lunéville un rival des plus brillantes cours européennes. À sa mort en 1766, le château perd son prestige : le mobilier est dispersé, les jardins se dégradent, et Louis XV le convertit en caserne. Occupé par l’armée jusqu’au XIXe siècle, il subit plusieurs incendies (1814, 1849) mais est préservé grâce à son usage militaire.
Classé monument historique en 1901 (chapelle) puis 1998 (ensemble), le château connaît une lente reconnaissance patrimoniale. Après des restaurations partielles au XXe siècle, un incendie majeur en 2003 détruit deux tiers des appartements princiers, déclenchant une mobilisation nationale. Depuis 2017, le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle en est le propriétaire unique et mène un vaste chantier de restauration, prévu jusqu’en 2035. Aujourd’hui, le site allie visites culturelles, jardins à la française restaurés, et événements, perpétuant son héritage de 'château des Lumières'.
Les extérieurs du château comprennent une cour d’honneur aux façades classiques ornées de mascarons, un vestibule permettant autrefois le passage des carrosses, et une terrasse offrant une vue sur les jardins à la française, conçus par Yves des Hours et Louis de Nesle. Ces jardins, structurés par des parterres géométriques et des bassins, ont été restaurés en 2003. Le parc des bosquets, autrefois peuplé de fabriques comme le kiosque ou le pavillon de la cascade, fait l’objet de projets de reconstruction. À l’intérieur, la chapelle palatine (1720-1723), la salle des gardes, et le grand salon orné de trophées sculptés par François Dumont sont aujourd’hui accessibles au public.