Origine et histoire de la Pagode de Chanteloup
La pagode de Chanteloup, située à Amboise en Indre-et-Loire, est l’un des rares vestiges du domaine du château de Chanteloup, détruit au XIXe siècle. Construite entre 1775 et 1778 par l’architecte Louis-Denis Le Camus pour le duc de Choiseul, ministre disgracié de Louis XV, elle symbolise la reconnaissance envers ses amis restés fidèles pendant son exil forcé. Haute de 44 mètres et composée de sept étages en retrait, elle s’inspire des « chinoiseries » à la mode, tout en adoptant un style Louis XVI pur, avec une colonnade circulaire de seize colonnes.
Le château de Chanteloup, initialement bâti au début du XVIIIe siècle pour Jean Bouteroue d’Aubigny, conseiller du roi, fut profondément transformé par le duc de Choiseul à partir de 1761. Ce dernier en fit une résidence fastueuse, comparable à Versailles, avec des jardins redessinés, des bassins, et une avenue monumentale reliant le domaine à la Loire. La pagode, érigée en point de convergence de sept allées forestières, couronnait ce parc aménagé en jardin anglo-chinois. Son globe doré et sa structure en « longue-vue » pourraient évoquer un symbolisme maçonnique, bien que cela reste une hypothèse.
Après la Révolution, le domaine fut démantelé : le château fut vendu à des marchands de biens en 1823 et détruit en huit semaines. Seuls subsistèrent la pagode, le pavillon du Concierge (aujourd’hui musée), et quelques éléments dispersés comme des vases ou des sphinges. La pagode, classée monument historique en 1996, fut restaurée au début du XXe siècle par la famille André, qui en est toujours propriétaire. Elle abrite des inscriptions célébrant l’amitié et des tables de marbre gravées des noms des visiteurs de Choiseul.
Le parc, autrefois alimenté en eau par un canal de 13 km détruit pendant la Révolution, comportait un grand miroir d’eau en demi-lune et un canal engazonné. La pagode, conçue pour des fêtes nocturnes, reflétait l’influence des jardins anglais et chinois, tout en intégrant des motifs français. Aujourd’hui, le site, ouvert au public depuis les années 1990, permet de découvrir ce patrimoine à travers des expositions et une visite virtuelle du château disparus.
Parmi les objets liés au château, certains meubles et œuvres d’art subsistent, comme des chaises estampillées Jacob ou un portrait de la princesse des Ursins. Ces pièces, dispersées dans des collections privées ou des musées (Victoria and Albert Museum, Waddesdon Manor), témoignent du faste de Chanteloup. Le pavillon du Concierge expose des plans et des reproductions, offrant un aperçu de ce domaine exceptionnel, fréquenté par l’élite européenne au XVIIIe siècle.