Origine et histoire
Le palais Rihour, situé place Rihour à Lille (département du Nord), est le dernier vestige d’un palais édifié au XVe siècle par les ducs de Valois-Bourgogne, souverains de l’État bourguignon. Sa construction, initiée en 1450 sous Philippe le Bon, s’acheva vingt ans plus tard sous Charles le Téméraire. Le terrain marécageux et l’usage de pierres de mauvaise qualité (carrière de Lezennes) nécessitèrent des réparations précoces. Le palais, de plan quadrilatère avec une cour d’honneur, fut précédé d’une barrière en bois ornée de statues héraldiques. Charles Quint y séjournera plus tard.
En 1664, la ville rachète le palais au roi d’Espagne pour en faire sa « maison de ville », remplaçant l’ancienne halle échevinale de la Grand’Place. Les incendies se succèdent : l’aile nord en 1700 (reconstruite style Louis XIV), l’aile ouest en 1744, et une partie sud-est laissée en ruine. Louis XV y logea brièvement en 1744 avant de quitter les lieux. Après des restaurations partielles et l’ajout d’un beffroi en 1826, le palais, jugée trop disparate, est détruit en 1846 puis reconstruit en style néo-renaissance par Charles Benvignat jusqu’en 1857.
Un incendie dévastateur en 1916, pendant la Première Guerre mondiale, détruit presque entièrement le bâtiment, épargnant seulement la chapelle du XVe siècle, l’escalier d’honneur et quelques arcades. Les archives municipales du XIXe siècle et des collections de la bibliothèque disparaissent. Les vestiges actuels — chapelle, escalier gothique et salle des gardes — datent de cette époque médiévale. La chapelle, dite « salle du Conclave », servit de lieu de justice et abrite aujourd’hui des expositions temporaires. Le monument aux morts érigé en 1929 devant les ruines masque partiellement ce qui reste du palais ducale.
Les éléments conservés illustrent le style gothique tardif : voûtes d’ogives, fenêtres à meneaux, tourelle octogonale. La salle des gardes, voûtée et élancée, accueille désormais l’office de tourisme. Sous la place, des caves voûtées subsistent, témoignages des fondations médiévales. En 2004, lors de l’année où Lille fut Capitale européenne de la culture, le palais abritait une exposition de Victor Vasarely, et son clocheton fut reconstruit.
Classé monument historique en 1875, le palais Rihour symbolise à la fois le pouvoir des ducs de Bourgogne et les vicissitudes de l’histoire lilloise, marquée par les incendies, les reconstructions et les adaptations successives à des usages municipaux. Son escalier d’honneur, déplacé et pivoté de 90° lors de la reconstruction du XIXe siècle, rappelle les transformations radicales subies par le site au fil des siècles.