Origine et histoire du Château de la Germonière
Le parc du château de la Germonière, situé à Le Vast dans la Manche, est indissociable de l’histoire industrielle et paysagère du XIXe siècle. Créé en 1803 par Philippe Fontenilliat, négociant rouennais, le site abrite d’abord une filature de coton alimentée par un réseau hydraulique complexe : chutes d’eau, canal de fuite, et un logis patronal construit perpendiculairement à l’allée principale. Ce projet ambitieux exploite les ressources naturelles locales, notamment les chutes de trois moulins, pour actionner les machines textiles. La filature, active pendant près d’un siècle, illustre l’essor de l’industrie cotonnière en Normandie sous la Révolution industrielle.
En 1858, le site passe par héritage à Louis-Hippolyte Rangeard de La Germonière, marquant une transition vers une ère de déclin industriel. La fermeture de l’usine en 1886, suivie de la destruction des bâtiments en 1891, ouvre la voie à une reconversion radicale sous l’impulsion de Raoul-Hippolyte-Edmond Rangeard de La Germonière. Ce dernier transforme l’ancienne zone industrielle en un parc d’agrément romantique, en collaboration avec l’architecte Trolliet. Le réseau hydraulique existant est alors mis en scène par la maison Combaz : cascades, étangs et perspectives paysagères remplacent les infrastructures productives, tout en conservant des vestiges comme la chute d’eau originale, témoin de l’activité passée.
Le parc, tel qu’il se présente aujourd’hui, est le résultat de cette métamorphose entre 1891 et la fin du XIXe siècle. Son inscription aux monuments historiques en 2008 reconnaît la valeur patrimoniale de ses aménagements hydrauliques (cascade, île, grande allée) et de sa composition paysagère, qui allie héritage industriel et esthétique pittoresque. Le logis en forme de « U », accolé au bâtiment patronal de 1803, domine un espace où nature et histoire dialoguent, entre mémoire ouvrière et création aristocratique. Les coordonnées cadastrales précisent l’étendue des protections, couvrant aussi bien les abords du château que les anciennes zones techniques, comme le lieudit La Filestière.
L’histoire du parc reflète les mutations économiques et sociales de la Normandie au XIXe siècle : d’abord symbole de la révolution industrielle et de l’entrepreneuriat textile, le site devient ensuite un exemple précoce de reconversion patrimoniale, où l’aristocratie locale réinvente un paysage à partir des traces du travail ouvrier. Cette dualité entre utilitaire et ornamentale, entre passé productif et présent contemplatif, confère au lieu une singularité dans le patrimoine normand.
Aujourd’hui, le parc du château de la Germonière reste un témoignage rare de cette transition, où les éléments hydrauliques — autrefois moteurs de l’industrie — sont désormais des ornements paysagers. Son classement protège non seulement les structures visibles (cascades, étangs), mais aussi les soubassements historiques, comme les canaux ou les fondations des moulins disparus. Le site invite à une lecture croisée de l’histoire, entre archéologie industrielle et art des jardins, tout en soulignant le rôle des familles Fontenilliat et Rangeard de La Germonière dans sa transformation.