Origine et histoire de la Porte d'Arroux
La porte d'Arroux, aussi appelée porte de Sens, est l’une des quatre entrées principales de l’enceinte romaine d’Augustodunum (Autun), construite sous le règne d’Auguste au IIIe siècle. Elle marquait le passage nord vers Auxerre via la via Agrippa, tout en servant de point de contrôle défensif et fiscal grâce à un système de sas et de herses. Son architecture combine quatre arcs voûtés (deux pour les véhicules, deux pour les piétons) et une galerie supérieure à arcades, flanquée de tours absidiales aujourd’hui disparues. Les matériaux utilisés — grès local, calcaire oolithique de Chalon-sur-Saône et granite — reflètent à la fois des impératifs techniques et une volonté esthétique, symbolisant la puissance de la cité.
Transformée en chapelle médiévale sous le nom de Notre-Dame d’Arroux, la porte a perdu ses tours et une partie de sa structure intérieure, mais conserve ses quatre passages d’origine et des vestiges de la galerie. Classée monument historique dès 1846, elle illustre l’ingénierie romaine et le rôle stratégique d’Autun, fondée comme capitale des Éduens. Son sas intérieur, comparable à celui de la porte d’Auguste à Nîmes, permettait de filtrer les entrées et de prélever des taxes sur les marchandises, soulignant sa double fonction militaire et économique.
La porte s’inscrit dans un réseau urbain structuré autour du cardus maximus (via Agrippa), reliant Chalon-sur-Saône à Auxerre. Son emplacement à mi-pente de la colline, visible depuis l’extérieur de la ville, renforçait son impact monumental. Les fouilles récentes ont révélé un corps de bâtiment intérieur aujourd’hui disparu, confirmant son organisation en double porte avec cour centrale. Les parements en calcaire clair, initialement brillants, devaient impressionner les voyageurs entrant dans Augustodunum, ville prospère de la Gaule romaine.
Les débats persistent sur la datation précise de sa construction (début ou fin du règne d’Auguste), mais son intégration à l’enceinte de 6 km, percée de quatre portes cardinales, atteste d’une planification urbaine ambitieuse. Parmi ces portes, seule celle d’Arroux et la porte Saint-André subsistent significativement. La disparition de la porte de Rome et l’état fragmentaire de la porte Saint-Andoche soulignent la rareté des vestiges autunois, où la porte d’Arroux reste un témoignage majeur de l’architecture militaire romaine en Bourgogne.
Les relevés du XIXe siècle, comme ceux de Jean Roidot-Déléage, documentent partiellement les tours disparues, tandis que les études contemporaines (notamment celles d’Alain Rebourg ou Yannick Labaune) précisent son fonctionnement. La porte, propriété de la commune, est aujourd’hui un symbole du patrimoine antique d’Autun, classé parmi les premiers monuments historiques de France. Son état actuel, bien que partiel, permet d’appréhender l’ambition des fondateurs romains et l’adaptation médiévale de ce monument emblématique.