Origine et histoire de la Porte de Roubaix
La porte de Roubaix, aussi appelée porte Saint-Maurice, est une porte fortifiée édifiée en 1620 dans le cadre de l’extension de l’enceinte espagnole de Lille sous les archiducs Albert et Isabelle, gouverneurs des Pays-Bas. Conçue par les maîtres maçons Michel Watrelos et Jean Lesur, elle remplace une ancienne porte médiévale, la porte des Reignaux, datant du XIIIe siècle et située à l’angle des actuelles rue du Vieux-Faubourg et rue à Fiens. Ce projet s’inscrit dans une volonté de moderniser les défenses de la ville, alors sous domination espagnole, face aux tensions géopolitiques de l’époque.
À l’époque de sa construction, Lille est une place stratégique pour les Habsbourg espagnols, en pleine guerre de Quatre-Vingts Ans (1568–1648). L’enceinte, achevée en 1621 et inaugurée en 1625, intègre des techniques militaires innovantes pour l’époque, comme l’usage de briques et de pierres combinées, ainsi que des systèmes de pont-levis. La porte de Roubaix, orientée vers le nord-est, contrôlait l’accès à la route menant à Roubaix, un axe commercial et militaire majeur.
Son style architectural, marqué par des briques polychromes en chevron et des éléments défensifs (corniche crénelée, rainures pour pont-levis), reflète l’influence flamande et espagnole. La porte a connu plusieurs modifications au fil des siècles. En 1668, Vauban, ingénieur militaire de Louis XIV, la conserve lors de la reconfiguration des fortifications de Lille après la conquête française, mais la renforce par des ouvrages avancés, dont le fort Sainte-Agnès (détruit en 1990).
En 1792, elle joue un rôle symbolique lors du siège de Lille par les Autrichiens : un émissaire y présente un ultimatum de reddition, épisode marquant de la Résistance lilloise. Au XIXe siècle, l’urbanisation et les besoins de circulation transforment son usage. En 1875, la porte est percée de deux arches latérales pour permettre le passage de la ligne F du tramway, et restaurée dans le même temps.
Cette adaptation illustre l’évolution des villes fortifiées vers des fonctions civiles, tout en préservant leur héritage. Au XXe siècle, son importance décline avec l’ouverture du boulevard Carnot en 1909, qui détourne une partie du trafic. Dans les années 1990, la circulation motorisée est définitivement interdite, mais elle reste un passage piéton vers Euralille et le parc Henri Matisse.
Classée monument historique en 1929, la porte de Roubaix bénéficie d’une rénovation complète en 2004 dans le cadre de l’événement Lille 2004, Capitale européenne de la culture. Aujourd’hui, elle est un symbole du patrimoine lillois, mêlant histoire militaire et dynamisme urbain. Une promenade aménagée en 2024 permet désormais d’admirer ses façades intérieure et extérieure, ainsi que les vestiges des anciens remparts.
Desservie par les métros Gare Lille-Flandres et Gare Lille-Europe, elle attire aussi bien les amateurs d’histoire que les promeneurs.