Origine et histoire de la Porte de Strasbourg
La porte de Strasbourg, située à Bitche en Moselle, est l’un des rares vestiges des fortifications historiques de la ville. Initialement intégrée à une enceinte médiévale entourant deux bourgs (Kaltenhausen et Rohr), elle était appelée Oberpfort (porte supérieure) avant le XVIIe siècle. Ces bourgs, détruits en 1633 par les Suédois puis occupés par les Français en 1634, furent progressivement fortifiés sous Louis XIV par Vauban et le maréchal d’Humières. En 1662, quatre portes sont mentionnées : la Hinter Thor, la Vorder Thor, l’Ober Thor (Strasbourg) et l’Unter Thor (Sturzelbronn), surveillées par des gardiens rémunérés par la communauté.
Au XVIIIe siècle, les anciennes palissades sont remplacées par un mur d’enceinte achevé en 1795, coûtant 57 202 francs. En 1844, sous l’impulsion du général Schneider (ministre de la Guerre), de nouvelles fortifications sont érigées, déplaçant trois des quatre portes, sauf celle de Strasbourg, restée à son emplacement d’origine. Les portes de Sarreguemines, Phalsbourg et Landau, jugées obsolètes après 1870, sont détruites entre 1889 et 1900. Seule la porte de Strasbourg, inscrite en 1930, subsiste aujourd’hui, témoin des transformations militaires et urbaines de Bitche.
Les portes médiévales étaient des points de contrôle essentiels, régulant les entrées et sorties des habitants, des marchandises (bois, foin) et du bétail. Les gardiens (Wachtmeister) percevaient des taxes en nature (grain, foin) et bénéficiaient de droits comme la garde gratuite de bétail. Ces portes symbolisaient aussi l’autorité municipale et militaire, reflétant les changements de souveraineté entre la France, le Saint-Empire et la Lorraine. Leur disparition progressive au XIXe siècle marque l’adaptation de la ville à la modernité et à la perte de leur utilité défensive.
La porte de Strasbourg, construite en pierre, diffère des anciennes barrières en bois de 1743, remplacées par des corps de garde en 1786. Ces bâtiments, conçus pour loger douze soldats, comprenaient un grenier et couvraient 192 m2. Leur gestion oscillait entre la ville et l’État : construits aux frais de la municipalité en 1786, ils furent cédés à l’État en 1811 avant d’être réintégrés au domaine militaire en 1814. Leur valeur était estimée à 4 800 francs en 1833.
La guerre de 1870 et l’évolution de l’artillerie (portée accrue, précision) rendirent les fortifications de Bitche obsolètes. Les portes, condamnées à partir de 1872, furent démolies pour faciliter la circulation, sauf celle de Strasbourg, contournée par le trafic moderne. Son inscription en 1930 souligne son importance patrimoniale, liée à l’histoire militaire lorraine et aux stratégies défensives de Vauban à Schneider.