Origine et histoire de la Porte mordelaise
La porte Mordelaise, située à Rennes en Ille-et-Vilaine, est un vestige des remparts médiévaux datant principalement du XVe siècle, bien que son emplacement remonte au IIIe siècle. Elle constituait l’entrée principale de la ville, orientée vers Mordelles, un fief important dès le XIe siècle. Son architecture combine une grande porte charretière et une petite porte piétonne, toutes deux en ogive, encadrées par deux tours couronnées de mâchicoulis. Ces portes étaient protégées par des ponts-levis et des herses, reflétant son rôle défensif et symbolique.
La porte tire son nom de la ville de Mordelles, vers laquelle elle était tournée. Elle était aussi appelée porte royale, porte ducale ou porte épiscopale, car les ducs de Bretagne et les évêques de Rennes y faisaient leur entrée solennelle. Au-dessus de la grande porte, un blason représentant deux lions de part et d’autre d’une lance rappelle l’emblème des ducs de Montfort, qui régnèrent sur la Bretagne de 1364 à 1514. La porte abritait également des salles utilisées comme résidence par les gouverneurs jusqu’au XVIe siècle, puis comme lieu de réunion pour la communauté urbaine.
Au fil des siècles, la porte Mordelaise a connu plusieurs transformations. Rénovée à partir de 1418 pour servir de résidence aux gouverneurs, elle fut afféagée en 1723 en raison de son état dégradé. Pendant la Révolution française, en 1793, elle fut rebaptisée porte Marat et convertie en prison, avant de retrouver son nom d’origine. En 1926, elle fut inscrite aux monuments historiques. En 1997, un pont-levis reconstitué y fut installé, remplacé en 2022 par un pont dormant.
La porte Mordelaise intègre des éléments défensifs variés : fossé, mâchicoulis, et vestiges d’une barbacane. Une pierre gravée dédiée à l’empereur romain Gordien III (IIIe siècle), réutilisée dans sa construction, témoigne de son ancrage dans l’histoire antique de Rennes. Cette pierre, retirée en 1874, est aujourd’hui conservée au musée de Bretagne. Stendhal mentionne d’ailleurs la porte dans ses Mémoires d’un touriste (1838), soulignant son caractère médiéval et son inscription romaine.
Depuis 2015, la ville de Rennes a engagé un projet de mise en valeur de la porte, incluant des fouilles archéologiques (2012-2015) et des aménagements pour créer une promenade le long des remparts. Ces travaux visent à mieux intégrer ce monument dans le paysage urbain et à le rendre plus accessible aux touristes, malgré son positionnement enclavé dans le centre historique. La porte Mordelaise reste le seul vestige fortifié visible des anciens remparts de Rennes, marquant à la fois l’histoire militaire et politique de la ville.