Origine et histoire de la Porte Saint-André
La porte Saint-André, aussi appelée porte de Langres, est l’une des quatre portes principales de l’enceinte augustéenne d’Augustodunum (Autun), construite au Ier siècle sous le règne d’Auguste. Elle marquait le départ de la voie romaine vers Langres (Andemantunnum) et se distinguait par son architecture monumentale, combinant passages charretiers centraux (4,09 m de large) et ouvertures piétonnes latérales (1,94 m). Son rez-de-chaussée, en calcaire oolithique, supportait une galerie d’arcades servant de chemin de ronde, tandis que deux tours absidiales flanquaient l’édifice pour le guet. Bien que son rôle défensif soit débattu, son caractère esthétique et symbolique reflétait la puissance de la cité, protégée par Rome.
La porte a subi une reconstruction partielle dans l’Antiquité, avec l’emploi de grès feldspathique remplaçant le calcaire initial, suggérant une réfection majeure dont la date exacte reste indéterminée. Au Moyen Âge (dès 1250), la tour nord fut transformée en église, puis vendue comme bien national lors de la Rvolution française. Rachatée par l’État en 1844, elle fut restaurée par Eugène Viollet-le-Duc, qui reconstitua les parties endommagées en s’appuyant sur des sources antiques, bien que la couverture de la galerie supérieure ait été interprétée librement. Classée monument historique en 1846, la porte est aujourd’hui la mieux conservée d’Autun, avec sa tour nord devenue un temple protestant en 1945.
L’enceinte d’Augustodunum, longue de 6 km, était percée de quatre portes cardinales (Arroux au nord, Saint-André à l’est, Rome au sud, Saint-Andoche à l’ouest), dont seules les portes d’Arroux et Saint-André subsistent significativement. La porte Saint-André, orientée vers l’est, s’inscrivait dans un réseau viaire complexe : deux voies perpendiculaires au cardus maximus menaient aux portes ouest et est, sans former un decumanus classique. Ces aménagements soulignent l’importance symbolique des axes de circulation, renforcée par la richesse de la cité, centre politique et économique de la Gaule romaine. Les matériaux utilisés (arkose pour les soubassements, chapiteaux inspirés de l’ordre ionique) et la disposition des tours (façade plate vers la ville, absidiale vers l’extérieur) témoignent d’un savoir-faire architectural destiné à impressionner.
Les débats parmi les historiens portent sur la fonction défensive réelle de l’enceinte, certains y voyant un ouvrage plus symbolique qu’utilitaire, destiné à afficher le statut privilégié d’Augustodunum sous la protection impériale. La porte, avec ses 14,60 m de hauteur, incarnait cette dualité : à la fois point de contrôle des flux (véhicules, cavaliers, piétons) et monument célébrant la pax romana. Les restaurations du XIXe siècle, bien que critiquables pour leur part d’interprétation, ont permis sa préservation, faisant d’elle un témoin majeur de l’urbanisme romain en Gaule. Aujourd’hui propriété de la commune, elle reste un lieu de culte protestant et un site classé, ouvert à la visite.