Origine et histoire de la Porte Sainte-Croix
La porte Sainte-Croix de Châlons-en-Champagne est un arc de triomphe construit en 1770, remplaçant une ancienne porte médiévale datée dès 1254. Cette première porte, intégrée à l’enceinte défensive de la ville, joua un rôle clé pendant la guerre de Cent Ans. Elle était située légèrement au nord de l’emplacement actuel et tirait son nom d’une chapelle voisine, aujourd’hui détruite. Au XVIe siècle, la porte fut modernisée pour renforcer les fortifications face aux menaces venues de l’Est, notamment sous Louis XIV.
En 1769, la porte médiévale, devenue obsolète, fut détruite pour laisser place à un édifice plus représentatif des ambitions urbaines de l’époque. L’intendant Rouillé d’Orfeuil imposa les plans d’un arc de triomphe néo-classique, conçu par l’ingénieur Bochet de Colluel. Les travaux, menés par l’entrepreneur Prévot, s’achevèrent en février 1770. La nouvelle porte, dédiée à Marie-Antoinette lors de son passage à Châlons en mai 1770, fut rebaptisée Porte Dauphine en son honneur, marquant l’alliance franco-autrichienne.
La porte, ornée de trophées sculptés par Antoine Lépine, devait initialement comporter des bas-reliefs représentant Mars et Minerve tenant les portraits du Dauphin et de la Dauphine, ainsi que deux pavillons latéraux jamais construits. Ces éléments décoratifs, partiellement réalisés ou temporaires, disparurent après 1792, lorsque les armes de France et d’Autriche furent martelées. Classée monument historique en 1941, elle témoigne aujourd’hui de l’architecture civile du XVIIIe siècle et de l’histoire urbaine de Châlons.
L’ancienne porte médiévale, édifiée entre 1536 et 1544 puis renforcée en 1609, dominait un bastion avec fossé et pont-levis. Sa démolition en 1769 s’inscrivait dans un projet plus large de modernisation des entrées de la ville, motivé par des raisons fiscales (perception de l’octroi) plutôt que militaires. La porte actuelle, en pierre de Savonnières, mesure 19,50 m de large pour 17,25 m de haut, avec une arcade centrale de 11,25 m de haut.
Le projet initial prévoyait une inscription latine (Aeternum stet ut amor) et des sculptures supplémentaires par Jean-Baptiste Pigalle, jamais réalisées. La porte marquait l’entrée sud de Châlons, sur la route de Vitry-le-François, et symbolisait le passage d’une ville fortifiée à une cité ouverte, reflétant les transformations politiques et sociales du siècle des Lumières.