Origine et histoire des remparts
Les remparts de Langres, situés dans le département de la Haute-Marne en région Grand Est, sont le résultat de deux millénaires de constructions défensives successives. Occupé depuis le Néolithique, le site de Langres, alors capitale des Lingons, fut considéré comme imprenable au XVIIe siècle grâce à sa topographie en « assiette renversée » et à ses fortifications progressivement renforcées. Les murs actuels, longs de 3,6 km, intègrent des éléments gallo-romains, médiévaux et modernes, dont sept tours fortifiées et six portes emblématiques comme la porte des Moulins ou la tour Saint-Ferjeux, première tour d’artillerie à 360° construite sous Louis XI.
Au XIXe siècle, le système défensif fut étendu par des forts détachés, inspirés des principes de Vauban, pour contrôler les axes stratégiques entre Paris et Bâle. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, Langres, place forte barrant la route aux troupes allemandes, résista grâce à une garnison de 12 000 hommes malgré des conditions précaires. Les remparts, associés à une citadelle bastionnée construite à la fin du XIXe siècle, illustrent l’évolution des techniques militaires, des oppida gaulois aux adaptations post-Renaissance.
La tour de Navarre (1511-1519), avec ses murs de 7 mètres d’épaisseur, et la porte Longe-Porte, arc de triomphe romain du IVe siècle, symbolisent la superposition des époques. Ces fortifications, complétées par des éléments comme la tour Saint-Jean ou la porte Henri IV, ont préservé Langres des invasions jusqu’à l’époque moderne. Classée ville d’art et d’histoire, la cité doit son cachet à ce patrimoine militaire exceptionnel, aujourd’hui mis en valeur par des promenades comme celle de Blanchefontaine, plantée sous Henri IV.
Les remparts ont également joué un rôle économique et social, abritant des faubourgs artisanaux comme celui des Auges, où se développa la coutellerie langroise. Leur préservation, renforcée par un secteur sauvegardé créé en 1985, permet aujourd’hui de comprendre l’organisation urbaine médiévale et moderne. Les coups de main audacieux de la garnison pendant le siège de 1870, comme la capture de convois allemands à Combeaufontaine, rappellent l’importance stratégique durable de ces fortifications.
Enfin, les remparts sont indissociables de l’histoire religieuse de Langres, siège d’un évêché-duché pair de France depuis le XIIe siècle. Les évêques-ducs, comme Gauthier de Bourgogne, y exercèrent un pouvoir temporel et spirituel, marquant la ville de leur empreinte architecturale. La cathédrale Saint-Mammès, protégée par ces murs, et les tours comme celle d’Orval, reflètent cette dualité entre pouvoir ecclésiastique et défense militaire, caractéristique de Langres depuis le Moyen Âge.