Origine et histoire des remparts
Les remparts de Saint-Lô correspondent aux vestiges de l’enceinte urbaine de la ville haute, située sur un promontoire rocheux dominant la vallée de la Vire et ses affluents, dans le département de la Manche. Leur construction, initiée au XIIIe siècle sous l’impulsion des évêques de Coutances, barons de Saint-Lô, s’achève au XIVe siècle après le pillage de la ville par les troupes d’Édouard III d’Angleterre en 1346. Ces fortifications en pierre, flanquées d’une quinzaine de tours, remplacent progressivement des remparts en bois édifiés au XIe siècle, eux-mêmes succédant à des fortifications attribuées à Charlemagne, mises à mal par les Vikings en 890.
Les remparts, de forme quadrangulaire, enserrent un espace de 3 à 4 hectares et sont aujourd’hui partiellement conservés, notamment sur leurs flancs nord, sud et ouest. Les destructions de 1944 ont permis de dégager leur tracé, révélant des murs en petit appareil de schiste et douze tours subsistantes, dont la tour des Beaux-Regards (ancienne tour de la Moulerie) et la tour de la Poudrière, conservées en hauteur. Trois portes fortifiées, dont la porte Dollée et la porte au Lait, percées dans l’enceinte, donnaient autrefois accès à la ville, tandis qu’une citadelle ajoutée en 1574 par Jacques II de Matignon renforce le dispositif après les occupations protestantes.
L’enceinte, inscrite aux monuments historiques en 1945, intègre aussi des éléments souterrains creusés par les Allemands en 1944 pour abriter un hôpital pendant les bombardements. Parmi les tours remarquables, la tour des Beaux-Regards, dotée de mâchicoulis et d’embrasures pour l’artillerie, domine le Pont de Vire et illustre l’adaptation des fortifications aux progrès militaires. Les vestiges, aujourd’hui accessibles via un parcours pédestre, offrent un témoignage tangible de l’histoire mouvementée de Saint-Lô, marquée par les conflits médiévales et la Seconde Guerre mondiale.
La protection des remparts s’étend à des éléments spécifiques comme la poterne de la rue de la Poterne, inscrite dès 1937. Leur conservation permet d’étudier l’évolution des techniques défensives, depuis les murailles carolingiennes jusqu’aux aménagements de la Renaissance, en passant par les réparations médiévales. Les peintures anciennes, comme celle d’Hippolyte Mariette (1882), conservée au Musée d’art et d’histoire de Saint-Lô, complètent cette documentation visuelle, bien que des originaux aient été perdus dans l’incendie du château de Torigni en 1944.
Les remparts jouent un rôle central dans l’organisation urbaine de Saint-Lô, délimitant l’« Enclos », quartier historique perché qui abritait les institutions religieuses et civiles. Leur tracé, aujourd’hui partiellement restauré, révèle une stratégie défensive adaptée au relief, avec des tours en fer à cheval ou circulaires renforçant les points vulnérables. Les destructions de 1944, bien que dévastatrices, ont paradoxalement permis de redécouvrir et mettre en valeur ces structures, aujourd’hui intégrées à un parcours touristique mettant en lumière leur fonction passée et leur symbolique pour la mémoire locale.
Enfin, les remparts de Saint-Lô s’inscrivent dans un réseau plus large de fortifications normandes, reflétant les rivalités entre duchés, royaume de France et puissance anglaise pendant la guerre de Cent Ans. Leur histoire, marquée par des sièges (Vikings, Plantagenêts, Anglais) et des modernisations successives, en fait un monument emblématique de la résistance et de la résilience de la ville, aujourd’hui valorisé comme patrimoine culturel et historique.