Origine et histoire des remparts
Les remparts de Saint-Paul-de-Vence, situés dans les Alpes-Maritimes, sont un exemple rare d’enceinte bastionnée de la Renaissance en France. Leur construction débute au XIIIe siècle avec une enceinte médiévale, puis est profondément remaniée au XVIe siècle sous l’impulsion de François Ier. Ce rempart polygonal irrégulier, dépourvu de fossé, intègre des bastions, demi-bastions et saillants, reflétant les techniques militaires innovantes de l’époque. Les travaux, dirigés par Jean de Saint-Rémy à partir de 1544, visaient à renforcer la défense de la Provence face aux invasions impériales de Charles Quint.
En 1524 et 1536, Saint-Paul-de-Vence subit les assauts des troupes de Charles Quint, révélant la vulnérabilité des défenses existantes. En 1537, les habitants mandent le mercenaire Rozato Melino Romain pour réparer les fortifications médiévales. François Ier, reconnaissant l’importance stratégique du site, ordonne en 1544 sa modernisation selon les principes de la fortification bastionnée. Les travaux, inachevés à sa mort en 1547, nécessitèrent la destruction de dizaines de maisons et mobilisèrent des centaines d’ouvriers.
L’enceinte, conçue par Jean de Saint-Rémy (alias Jean Renaud), intègre des éléments médiévaux comme la tour-porte rectangulaire, dont les parements en moellons et les chaînes d’angle en pierre de taille datent du XIIIe siècle. Les maçonneries des courtines, en blocage de calcaire, atteignent 12 à 20 mètres de haut. Malgré des projets d’amélioration proposés par Vauban en 1701 et Antoine Niquet en 1705, seuls des réparations partielles furent réalisées, comme le rehaussement de la courtine nord ou l’ajout de créneaux.
Au XVIIe siècle, Saint-Paul perd son rôle militaire au profit d’Antibes. Déclassée sous le Premier Empire (1870), l’enceinte est rachetée par la commune en 1872. Des percées furent aménagées au XXe siècle pour faciliter l’accès automobile (1920, 1985), altérant partiellement les bastions nord-est et sud-ouest. Classée monument historique en 1945, elle reste un témoignage exceptionnel des premières fortifications bastionnées françaises, combinant héritage médiéval et innovations de la Renaissance.
Les conflits religieux du XVIe siècle marquent aussi son histoire : en 1589, les ligueurs, alliés au duc de Savoie, occupent la ville. L’ingénieur savoyard Ascanio Vitozzi propose alors un projet de citadelle interne, jamais réalisé. Les parapets actuels pourraient dater de cette période. Au XVIIIe siècle, l’absence d’entretien entraîne l’effondrement partiel de la courtine ouest en 1805, réparée en 1837. Aujourd’hui, les remparts, propriété communale, illustrent l’évolution des techniques défensives entre Moyen Âge et époque moderne.