Origine et histoire des remparts
Les remparts de Senlis se composent de deux ensembles distincts : une enceinte gallo-romaine et des fortifications médiévales. L’enceinte gallo-romaine, parmi les mieux conservées de Gaule du Nord, a été construite entre le IIIe et le début du IVe siècle, après les invasions germaniques de 275-276. Sa forme ovale, adaptée à la topographie, englobait une superficie d’environ 6 à 8 hectares. Les murs, épais de 3,25 m en moyenne, étaient renforcés par une trentaine de tours carrées à l’intérieur et arrondies à l’extérieur, distantes de 31 m en moyenne. Une seconde campagne de construction vers l’an 500, attribuée au roi Clovis Ier, rehaussa les tours d’un étage. Le démantèlement débuta en 1170 avec la construction de l’abbaye Saint-Frambourg.
La ville ne comptait que deux portes principales : la porte de Paris (ou de Beauvais) au sud et la porte Bellon (ou de Reims) près de l’évêché. Quatre poternes, dont certaines pourraient dater du Moyen Âge, complétaient cet ensemble. Les vestiges visibles aujourd’hui incluent quinze tours, des sections de muraille dans des jardins publics (comme le parc du château royal ou le square Vernet), et des traces des portes Bellon et de Paris. La technique de construction combinait un parement de pierres cubiques et un noyau de mortier de chaux (opus cæmenticium) avec des lits de tuiles tous les 1,25 m. L’enceinte a été protégée par étapes entre 1930 et 1999, avec des classements et inscriptions au titre des monuments historiques.
Les remparts médiévaux, initiés sous Philippe Auguste à la fin du XIIe siècle, ont été étendus jusqu’à l’abbaye Saint-Vincent en 1287. Ils intégraient quatre portes principales (Saint-Rieul, Meaux, Paris, Creil) et plusieurs poternes, comme celle des Tisserands, encore visible aujourd’hui. Les fortifications furent modernisées aux XVe et XVIe siècles sous Louis XI et Jean-François de La Rocque de Roberval, avec l’ajout de bastions, éperons, et fossés élargis pour résister à l’artillerie. La porte de Meaux, renforcée par un bastion en 1544, et la poterne des Tisserands (accès à la Nonette pour les artisans) sont parmi les rares vestiges subsistants.
L’abandon des remparts débuta en 1637, suivi d’un démantèlement systématique à partir de 1775. Les portes furent vendues ou détruites entre 1805 et 1837, et les fossés comblés pour créer des boulevards, comme le cours Thoré-Montmorency. Aujourd’hui, le rempart des Otages (boulevard des Otages) et le bastion de la porte de Meaux, ainsi que la tour du Jeu d’Arc (XIIIe siècle), rappellent cette enceinte. Les vestiges sont protégés depuis 1930, et le secteur sauvegardé de Senlis, créé en 1965, préserve leur trace dans le paysage urbain.
L’enceinte médiévale était complétée par huit éperons construits au XVIe siècle, dont seul celui de la porte de Meaux subsiste partiellement. Les portes, comme celle de Saint-Rieul (démolie en 1828), étaient souvent doubles (porte Haute et porte Basse) et flanquées de tours. La porte de Compiègne, édifiée en 1753 dans un style classique, marqua la fin de l’utilité défensive des remparts. Les litiges entre la ville et le domaine royal sur la propriété des fortifications, résolus en 1827, accélérèrent leur disparition au profit d’un développement urbain moderne.
Les fouilles archéologiques, comme celles de 2010-2011 près de la porte de Meaux, ont révélé des sarcophages du haut Moyen Âge et des structures défensives enfouies. La poterne des Tisserands, utilisée par les artisans pour accéder à la Nonette, et la plate-forme du Montauban (point culminant des remparts) illustrent l’adaptation des fortifications aux activités locales. Malgré les destructions, les remparts de Senlis restent un témoignage unique de l’architecture militaire, de l’Antiquité tardive à la Renaissance, dans une ville marquée par son passé royal et épiscopal.