Patrimoine classé
1) Courtines et tours des fronts Nord, Est et Sud de l'enceinte. Ces fronts commencent à la tour Claudine au Nord et finissent à la porte du Roi au Sud, en passant par l'échauguette du Nord, la tour du Nord, le bastillon, la tour Boucle, la tour Basse, la tour de la Liberté, la tour de l'Arcade et la tour du Roi. Leurs dépendances sont : les restes du grand degré qui précèdent la barbacane de l'abbaye, le chemin de ronde des remparts avec ses parapets et les escaliers qui le desservent, la fontaine Saint-Symphorien, la tourelle du guet, la maison de l'Arcade, la porte du Roi avec son escalier. 2) Murailles des deux ouvrages dits l'Avancée et le Boulevard, en avant de la porte du Roi. Les dépendances de l'Avancée sont : la porte et la poterne de l'Avancée donnant sur la grève, le corps de garde des Bourgeois avec ses escaliers, l'ancien mur de défense qui sert de soutènement au souterrain dénommé jardin de la Cure. Les dépendances du Boulevard sont : la porte du Boulevardet le chemin de ronde avec escalier d'accès, qui dessert les défenses supérieures, tant au Boulevard que du redan demi-circulaire appuyé au rocher. 3) Murs du Monteux, de Cantilly et de la Pillette. Le premier de ces murs part de la porte du Roi et s'élève du Sud au Nord sur le rocher suivant une ligne légèrement infléchie, vers son milieu. Il a pour dépendance le chemin dit escalier du Monteux. Le mur de Cantilly se détache du précédent, en se dirigeant de l'Est à l'Ouest suivant une ligne brisée qui forme quatre sections. Le mur de la Pillette, après avoir prolongé celui de Cantilly dans la direction Nord-Ouest jusqu'à l'échauguette du midi, point où il se relie à l'enceinte des Fanils, se redresse vers le Nord à l'angle droit et va rejoindre le mur septentrional du jardin du château. Le mur de la Pillette a pour dépendances l'échauguette du midi (cad. AB 11, 44, 45, 49, 53, 57, 66, 76, 81, 82, 114 à 116, 126, 128) : classement par liste de 1875, délimité par arrêté du9 mai 1904
Personnages clés
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| Saint Louis |
Roi sous lequel une porte fut dressée à l’orient pour barrer l’accès par les grands escaliers. |
| Guillaume du Château |
Abbé ayant fait édifier la première enceinte en 1311. |
| Pierre Le Roy |
Abbé ayant amélioré les défenses entre 1386 et 1410. |
| Robert Jollivet |
Responsable de l’enceinte continue en 1417. |
| Louis d’Estouteville |
Capitaine du Mont ayant poursuivi les améliorations défensives en 1425. |
| Gabriel du Puy |
Constructeur de la tour Gabriel en 1534. |
Origine et histoire
Les remparts et l’enceinte urbaine du Mont-Saint-Michel ceinturent l’îlot du Mont, dans la Manche, en région Normandie, et forment l’ensemble des fortifications de la ville. L’enceinte de la ville et ses dépendances sont classées au titre des monuments historiques par la liste de 1875 et inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’ensemble se situe sur la commune du Mont-Saint-Michel ; les remparts entourent partiellement le rocher au sud et à l’est, tandis que quelques ouvrages défensifs ponctuent le reste de l’îlot.
L’enceinte urbaine date des XIIIe–XVIe siècles et avait pour fonction de protéger le Mont et son abbaye, notamment pendant la guerre de Cent Ans. À l’origine et jusqu’au début du XIIIe siècle, une palissade en bois protégeait le Mont, l’abbaye seule disposant d’une fortification en pierre. Après la reconquête du duché de Normandie et le ravage de l’îlot par l’armée bretonne de Guy de Thouars alliée au roi capétien, l’abbé et les moines décidèrent de ceinturer le Mont. Sous Saint Louis, vers 1257, une porte fut dressée à l’orient pour barrer l’accès par les grands escaliers, constituant la première défense avancée. En 1311 l’abbé Guillaume du Château fit édifier la première enceinte reliant la tour Nord au chevet de l’église Saint-Pierre, et en 1314 la porterie accueillit la première garnison.
Au XVe siècle, dans le cadre de la guerre de Cent Ans, le dispositif défensif fut renforcé : l’abbé devint aussi chef militaire et, entre 1386 et 1410, Pierre Le Roy améliora notablement les défenses avec la construction d’un châtelet, d’un grand degré en avant de la barbacane, de la tour des Corbins, d’une longue courtine-terrasse dominant le bois au pied de la Merveille (1393), de la tour Pénine et d’un logis fortifié correspondant à l’actuel front sud de l’abbaye. En 1417 Robert Jollivet enferma la ville basse et le pied du Mont dans une enceinte continue à parapet crénelé sur mâchicoulis, flanquée de six tours dont celles du Roy, de l’Arcade et Cholet. Louis d’Estouteville, nommé capitaine du Mont en 1425, poursuivit les améliorations ; malgré un blocus en 1424 et un assaut en 1434 mené avec de l’artillerie, les assaillants anglais ne prirent jamais le Mont.
L’enceinte dite « basse » est flanquée de tours de plan rond ou en fer à cheval et renforcée de bastions en éperon ; elle protégeait le bourg médiéval habité par des pêcheurs, des commerçants liés aux pèlerinages, ainsi que des serviteurs et fournisseurs des moines. La muraille, dont les éléments les plus anciens visibles datent du XIIIe siècle, se compose de courtines flanquées de tours semi-circulaires et d’une tour bastionnée ; parmi les tours figurent la tour du Roy, près de la porte d’entrée, la tour de l’Arcade, la tour de la Liberté, la tour Basse, la tour Cholet, la tour Boucle (bastionnée, XVe siècle) et la tour Nord (après 1254). Le chemin de ronde et les parapets sont du XVe siècle et divers ouvrages défensifs complètent l’ensemble, comme la porte de l’Avancée (1530), la porte du Lion, la poterne du Trou du Chat, la porte du Roy (vers 1430), la barbacane de la porte du Roy (1430) et le corps de garde des Bourgeois (XVIe siècle).
Le parcours extérieur des remparts est praticable à marée basse, de la tour Gabriel jusqu’à la tour Nord à la base du rocher. La tour Gabriel, élevée en 1534 par Gabriel du Puy, présente un plan circulaire adapté au canon, une cheminée centrale destinée à évacuer les fumées et des tirs croisés protégeant les entrepôts des Fanils ; un moulin à vent la surmonta en 1627 et sa tourelle servit également de phare. Les Fanils correspondent aux entrepôts et aux citernes de la ville, regroupés dans une cour protégée par une entrée fortifiée.
L’entrée de la ville, unique accès au Mont et non précédée d’un fossé, a été l’objet d’aménagements successifs : la porte du Roy fut édifiée en 1417 comme un gros édifice médiéval fermé par une herse et une porte à bascule, précédée d’une défense avancée érigée en 1440 par Louis d’Estouteville après l’emploi des canons de 1434 ; cette avancée, en demi-lune, fut complétée d’une avant-porte dite du boulevard et d’un redent triangulaire sous François Ier, le dispositif comportant une double porte charretière et piétonne fermée par un vantail à bascule appelé « tapecu ».
Parmi les autres tours, la tour de l’Arcade et la tour du Roy, semi-circulaires, furent élevées en 1417 puis remaniées par la suite. La tour Béatrix, en fer à cheval, a probablement été bâtie par Louis d’Estouteville en 1440 sur une tour plus ancienne pour résister aux bombardes. La tour Basse, issue de la première fortification, fut arasée vers 1700 et dotée d’un parapet à embrasures pour le canon ; la tour Cholet, munie de mâchicoulis, a vu son crénelage d’origine remplacé par un parapet sans embrasures.
La tour Boucle, conçue en 1440 par Louis d’Estouteville ou vers 1480 par le cardinal Guillaume d’Estouteville, illustre l’adaptation à l’artillerie à poudre avec des batteries couvertes bien ventilées, un parapet épais percé de fenêtres de tir et soutenu par des mâchicoulis, et une guérite-casemate saillante. En 1534 Gabriel du Puy fit élever la tour Gabriel, dresser la redoute dite l’Avancée devant l’entrée et remanier probablement la tour Basse ; en 1731 Louis XV fit restaurer les remparts.
La tour Nord, bâtie en 1311 par Guillaume du Château, ouvre les Grands Degrés qui donnent accès à l’abbaye, ces degrés remplaçant, entre 1386 et 1410, l’extrémité sommitale de la rue du village et étant protégés par des bouches à feu. La tour Claudine, d’abord de plan circulaire puis arasée au niveau des courtines, servit de première défense avancée à l’entrée du monastère, fut surmontée d’une échauguette puis transformée en soute à munitions et utilisée comme base pour des contre-attaques. La tour des Corbins, située à l’angle nord-est de la Merveille, protégeait l’entrée du monastère ; arasée et surmontée par Pierre Le Roy d’une tour octogonale coiffée d’un clocheton servant de guette-lanterne, elle abrite l’escalier menant à la Merveille.
La barbacane et le châtelet d’entrée, œuvres de l’abbé Pierre Le Roy, constituent les défenses avancées précédant l’entrée du monastère : après un arc surbaissé à double accès fermé par vantaux basculants, on pénètre dans la cour crénelée de la barbacane qui s’appuie sur la tour des Corbins, puis l’on rencontre deux tourelles en encorbellement reposant sur de puissants contreforts, munies de mâchicoulis et de merlons et remplissant à la fois des fonctions de défense et d’escalier. Avant d’emprunter l’escalier surnommé « le Gouffre » qui débouche dans la salle des gardes bâtie en 1257, il fallait franchir un portail défendu par une herse en fer ; l’ascension se poursuit ensuite entre les bâtiments abbatiaux et sous un pont fortifié à mâchicoulis datant du XVe siècle.
Les courtines et tours des fronts nord, est et sud de l’enceinte, les murailles des ouvrages dits l’Avancée et le Boulevard en avant de la porte du Roy, ainsi que les murs du Monteux, de Cantilly et de la Pillette et toutes leurs dépendances sont protégés en tant que monuments historiques par la liste de 1875, la délimitation ayant été fixée par arrêté du 9 mai 1904.