Origine et histoire
Les remparts de Dinan, érigés à partir du XIIIe siècle par les seigneurs locaux puis les ducs de Bretagne, protègent une ville stratégique construite au XIe siècle sur un plateau dominant la Rance. Exploitant des vallées escarpées à l’est et à l’ouest, l’enceinte de 2 650 m (30 ha) suit un quadrilatère irrégulier, renforcé par des fossés et des tours. Au XVe siècle, sous Pierre II et François II, cinq tours d’artillerie en fer-à-cheval (Coëtquen, Penthièvre) modernisent les défenses face à la poudre noire, tandis que les portes (Saint-Malo, Jerzual) sont dotées de boulevards avancés.
La construction débute après l’acquisition de Dinan par Jean Ier le Roux (1265), avec des travaux majeurs au XIVe siècle (donjon, tours, portes). La guerre de Succession de Bretagne (1341–1379) accélère les fortifications, suivies d’une vague de rénovations sous François II (1476–1488), marquant l’apogée militaire du site. Les conflits avec la France (Ligue du Bien public, 1465–1468) poussent à édifier des contrescarpes et à élargir les douves, faisant de Dinan la 3e place forte de Bretagne après Rennes et Nantes.
Au XVIe siècle, le duc de Mercœur, chef des Ligueurs, renforce les remparts en murant des portes (Jerzual, Guichet) et en ajoutant des bastions triangulaires, comme l’éperon devant la tour Saint-Julien. La porte Saint-Louis (1620), percée par l’ingénieur royal Thomas Poussin, facilite l’accès à Rennes, tandis que des galeries souterraines (comme le « souterrain Mercœur ») relient les ouvrages. Ces aménagements tardifs répondent aux besoins logistiques et aux progrès des sièges.
Dès le XVIIe siècle, Dinan perd son rôle stratégique et ses remparts deviennent une prison, négligés malgré des réparations ponctuelles (inspection de 1693). La Révolution française voit une remise en état temporaire face aux menaces vendéennes, mais le XIXe siècle entraîne des destructions (comblement des fossés, démolition de la porte de l’Hôtellerie en 1880). La préservation débute cependant avec le classement aux Monuments Historiques (1886), sauvant l’un des plus grands ensembles fortifiés de France, aujourd’hui ouvert au public.
Les vestiges les plus anciens (fin XIIIe–XIVe siècles) incluent des courtines, la porte Saint-Malo, et la tour Beaufort. Le XVe siècle marque un tournant avec des tours-artillerie (Saint-Julien, Lesquen) avant 1476, puis des plateformes imposantes (Coëtquen, Connétable) intégrant des casemates. Les travaux de 1476–1488, supervisés par Jean II de Coëtquen (capitaine de Dinan), préparent la ville à la guerre franco-bretonne. Les dernières modifications (porte Saint-Louis, bastions) datent des XVIe–XVIIe siècles, avant les démolitions partielles des XVIIIe–XIXe siècles.
Aujourd’hui, les remparts de Dinan, propriété communale, illustrent l’évolution des techniques défensives du Moyen Âge à la Renaissance. Leur état de conservation exceptionnel — unique en Bretagne après la disparition des enceintes de Rennes et Nantes — en fait un site majeur pour l’étude de l’architecture militaire. La Fête des Remparts, créée en 1982, célèbre cet héritage médiéval tous les deux ans, attirant des milliers de visiteurs.