Origine et histoire
Le château de Bricquebec, élevé sur une motte féodale dès le Xe ou XIe siècle, fut entièrement reconstruit au XIVe siècle et modifié au XVIe siècle. Il fut le cœur de la baronnie de Bricquebec, l’une des places fortes majeures des ducs de Normandie. Son donjon polygonal à onze côtés, unique en Europe, et son enceinte flanquée de tours rondes et hexagonales en font un exemple remarquable d’architecture militaire médiévale. La forteresse contrôlait un carrefour stratégique entre les marais et les voies de communication, dominant un gué sur la rivière Brikbekk, nom donné par les Vikings installés dans la région.
La création du premier château de bois, vers 942, est attribuée à Anslec de Bricquebec, petit-neveu de Rollon, qui reçut la baronnie des mains de Guillaume Longue-Épée après la défaite de Rioulf. La seigneurie passa ensuite aux mains de la famille Bertran, qui la conserva jusqu’au XIVe siècle. Robert Ier Bertran, premier seigneur attesté vers 1060, fit des dons à l’abbaye Saint-Ouen de Rouen et porta occasionnellement le titre de vicomte. Au XIIe siècle, Robert IV Bertran devait le service de cinq chevaliers pour sa baronnie, qui s’étendait sur plusieurs paroisses du Cotentin.
Au XIVe siècle, Robert VIII Bertran renforça considérablement le château, construisant le donjon actuel et l’enceinte avec ses tours. Le château passa ensuite par mariage à la famille Paisnel, puis aux d’Estouteville, qui y ajoutèrent la tour de l’Horloge au XVIe siècle. Pendant la guerre de Cent Ans, le château fut occupé par les Anglais et repris par les troupes de Charles V. En 1418, Henri V d’Angleterre l’offrit au comte de Suffolk, avant qu’il ne soit restitué en 1450 à Louis II d’Estouteville. Abandonné comme résidence au profit du château des Galleries, il tomba en décrépitude et fut pillé pendant la Révolution.
Le château se compose d’une enceinte bien conservée, flanquée de tours variées, et d’un donjon découronné à onze côtés. La salle des chevaliers, ancienne aula romane du XIIIe siècle, était un espace palatial rivalisant avec les châteaux ducaux. La chapelle canoniale, dédiée à la Vierge, a disparu après la Révolution, mais quelques modillons romans subsistent. Les vestiges, classés monuments historiques dès 1840, incluent aussi la tour de l’Épine, avec ses cachots, et le chartrier, où étaient conservés les archives seigneuriales.
Au Xe siècle, le site était un éperon rocheux aplani pour accueillir un logis en bois entouré d’une palissade, avec une basse-cour réservée au seigneur et une grande enceinte servant de refuge aux populations locales. Le château protégeait un carrefour de voies de communication, essentiel pour contrôler les déplacements nord-sud et est-ouest dans la région. La baronnie de Bricquebec s’étendait sur plusieurs paroisses, dont certaines furent annexées au fil des siècles, comme Orglandes et Blosville.
Aujourd’hui, les extérieurs du château sont en accès libre, et des visites guidées sont organisées par le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin. Le musée du Vieux Château, installé dans la tour de l’Horloge, abrite des collections d’histoire et de minéralogie. Les vestiges, bien que partiellement en ruines, offrent un témoignage exceptionnel de l’évolution de l’architecture castrale en Normandie, du Moyen Âge à la Renaissance.