Origine et histoire des quatre châteaux de Lastours
Les châteaux de Lastours, appelés Las Tors (« Les tours ») en occitan, sont quatre forteresses médiévales édifiées entre les XIIe et XIIIe siècles sur un éperon rocheux au-dessus du village actuel. Bien que reconstruits et modifiés jusqu’au XVIIe siècle, leurs ruines témoignent aujourd’hui de leur rôle stratégique dans le Cabardès, contrôlant les vallées de l’Orbiel et du Grésillou. Classés monuments historiques dès 1905, puis partiellement réinscrits en 2023–2024, ils formaient un ensemble défensif cohérent, adapté au relief escarpé, avec des plans hétérogènes reflétant des remaniements successifs.
Avant la croisade des albigeois, le site appartenait aux seigneurs de Cabaret, mentionnés dès 1067, dont la richesse provenait de l’exploitation minière locale (fer, plomb, argent). Trois châteaux existaient probablement dès le XIe siècle, évoluant avec les destructions et reconstructions. Au XIIIe siècle, Lastours devint un haut lieu du catharisme : le village castral abritait des maisons de parfaits et accueillit des évêques cathares comme Arnaud Hot ou Guiraud Abith. Pierre Roger de Cabaret, seigneur des lieux et allié de Raymond-Roger Trencavel, résista farouchement à Simon de Montfort pendant la croisade, avant de capituler en 1229 après des années de siège.
Sous l’occupation royale, les châteaux furent pillés puis reconstruits comme forteresses administratives, marquant la suprématie capétienne. La tour Régine, édifiée sur ordre du roi, symbolisait cette autorité. Au XVIe siècle, les huguenots s’y réfugient avant d’en être délogés en 1591. Les vestiges actuels — Cabaret (citadelle principale), tour Régine, Surdespine et Quertinheux — révèlent des techniques défensives variées : donjons, courtines, citernes et chemins de ronde. Leur disposition en ligne sur la crête, à 300 m d’altitude, optimisait le contrôle des voies d’accès vers la Montagne Noire.
Leur architecture mêle moellons et pierre de taille, avec des particularités comme les arcades aveugles de Cabaret ou la citerne voûtée de Surdespine. La destruction des tours seigneuriales au XIIIe siècle, ordonnée pour éradiquer les refuges cathares, explique leur reconstruction en position plus élevée. Le déclin des villages castraux au profit du bourg de Rivière (devenu Lastours à la Révolution) scella leur abandon progressif, préservant ainsi leurs ruines comme témoignage exceptionnel de l’histoire occitane.
Les fouilles et études récentes, comme celles de Marie-Élise Gardel, ont précisé leur organisation spatiale et leur rôle dans la société médiévale. Aujourd’hui propriété communale et privée, le site est ouvert au public. Son classement renforcé en 2024 souligne son importance patrimoniale, liée à la fois à l’architecture militaire, au catharisme et à la résistance occitane face à la couronne de France.