Origine et histoire du Château de Peyrepertuse
Le château de Peyrepertuse, surnommé la « Carcassonne céleste », est un château fort médiéval en ruine situé sur la commune de Duilhac-sous-Peyrepertuse, dans le département de l’Aude en région Occitanie. Son nom, d’origine occitane Pèirapertusa (« pierre percée »), évoque sa position spectaculaire sur une crête calcaire à 800 mètres d’altitude, dominant les vallées et les vignobles des Corbières. Intégré aux « Cinq fils de Carcassonne » avec Quéribus, Puilaurens, Termes et Aguilar, il illustre l’architecture militaire défensive du Moyen Âge, avec des vestiges datant des XIe, XIIe et XIIIe siècles.
La première mention d’un castrum à Peyrepertuse remonte à 1020, sous la souveraineté du comté de Besalú. Au XIIe siècle, le site est renforcé par des remparts et une chapelle, avant de devenir une forteresse royale après la croisade des Albigeois. En 1242, Saint Louis ordonne la construction du donjon Sant Jòrdi, accessible par un escalier vertigineux taillé dans la roche, et modernise les défenses pour en faire un bastion frontalier face au royaume d’Aragon. Le traité de Corbeil (1258) fixe la frontière au sud du château, consolidant son rôle stratégique jusqu’au XVIIe siècle.
Les fouilles archéologiques ont révélé des vestiges datant du Ier siècle av. J.-C., attestant d’une occupation ancienne. Le site, classé monument historique en 1908, a fait l’objet de restaurations à partir de 1950. Aujourd’hui, ses ruines impressionnantes, incluant l’église Sainte-Marie, des citernes et des remparts, attirent près de 100 000 visiteurs annuels. Peyrepertuse est également candidat à l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, aux côtés d’autres châteaux cathares et de la cité de Carcassonne.
Le chantier de reconstruction du XIIIe siècle, documenté par un registre comptable royal, révèle une organisation complexe : ouvriers spécialisés (maçons, charpentiers, tailleurs de pierre), paysans réquisitionnés, et matériaux locaux (pierre, bois, métal). Les noms des artisans, comme Jauffroy de Come (chef de chantier) ou Arnaud Boname, témoignent d’une main-d’œuvre diverse, incluant des travailleurs venus d’autres régions (Breton, Poitevin). Le site, abandonné après la Révolution, a été vendu comme bien national en 1820 avant sa mise en valeur patrimoniale.
Peyrepertuse incarne l’histoire mouvementée des conflits médiévalux, de la croisade des Albigeois aux tensions franco-aragonaises. Son architecture, adaptée à la topographie escarpée, en fait un exemple remarquable de forteresse « imprenable ». Le passage dérobé, l’escalier Saint-Louis, et les systèmes de défense (barbacane, archères, poterne) illustrent l’ingéniosité militaire de l’époque. Le château, propriété communale, reste un symbole du patrimoine occitan et un lieu de mémoire des cathares.
La topographie du site, avec ses falaises abruptes et son escalier taillé dans la roche, en fait aussi un spot prisé des grimpeurs. Les visiteurs peuvent explorer les deux esplanades (est et ouest), le donjon vieux avec l’église Sainte-Marie, et le donjon Sant Jòrdi, offrant un panorama exceptionnel sur les Corbières. Par temps d’orage, l’accès est interdit en raison des risques liés à la foudre et à la glisse sur les escaliers. Une variante du sentier cathare permet de rallier le château depuis le village.