Origine et histoire du Château du Wasenbourg
Le château du Wasenbourg, édifié au XIIIe siècle sur les vestiges d’un temple romain dédié à Mercure, culmine à 432 mètres sur le Reisberg, dans les Vosges du Nord. Le site, occupé dès l’époque romaine (vers 90 apr. J.-C.), servait de poste d’observation pour la VIIIe légion stationnée à Argentoratum (Strasbourg). Les Romains y érigèrent un temple dont subsiste une épigraphe latine gravée sur un mur naturel, ainsi que trois piliers monolithiques réutilisés ultérieurement. Abandonné après les invasions huns de 451, le site fut réinvesti au VIIIe siècle sous le nom de Fasenburg, probablement sous forme d’une construction en bois.
La reconstruction en pierre du château est attestée en 1273 sous l’impulsion de l’évêque de Strasbourg, transformant le site en une forteresse défensive. Le mur-bouclier, large de 3,70 mètres et haut de 22 mètres, remplace une tour traditionnelle, tandis que la cour intérieure abrite des écuries, des réserves et une salle des chevaliers ornée de fenêtres gothiques. Certaines pierres portent les marques des tâcherons de la cathédrale de Strasbourg, suggérant l’intervention de maître Erwin de Steinbach, architecte emblématique. Le château, sobre et fonctionnel, passe entre les mains de nobles locaux (famille de Burne, Lichtenberg) avant d’être cédé aux Deux-Ponts-Bitche en 1480.
Au XVIe siècle, le Wasenbourg devient inhabitable et change plusieurs fois de propriétaires (Hanau-Lichtenberg, Leiningen-Westerburg). En 1525, il est endommagé lors de la guerre des Paysans, puis saccagé en 1677 par les troupes de Louis XIV, chargées de détruire les châteaux forts des Vosges du Nord. Classé monument historique en 1898, le site fait l’objet de fouilles en 1899, révélant des artefacts romains et médiévaux (bas-relief de Mercure, poteries). Des restaurations partielles (cheminée en 2009, baie gothique en 1909) préservent aujourd’hui cette ruine, la mieux conservée de la région.
Le site abrite une flore castrale unique, mêlant plantes autochtones (tilleul, ortie) et espèces introduites par l’homme (pervenche, primevère). Une légende locale évoque l’Eranthis hyemalis, fleur plantée par un chevalier de retour d’Italie au XVe siècle. Visité par Goethe en 1770, qui en décrit la vue imprenable sur l’Alsace et Strasbourg, le château reste un symbole du patrimoine alsacien, géré depuis 1890 par l’État.
Les contre-vérités historiques incluent l’attribution de sa reconstruction à Conrad de Lichtenberg (alliée à Rodolphe de Habsbourg) ou sa destruction totale par les troupes de Mélac. Les marques de tâcherons et le style architectural lient cependant le Wasenbourg à la cathédrale de Strasbourg, confirmant son rôle stratégique dans la défense régionale.