Origine et histoire de la Tour
La tour de Hautefage-la-Tour, située dans le département de Lot-et-Garonne en Nouvelle-Aquitaine, est un édifice hexagonal atypique construit à la charnière des XVe et XVIe siècles. Contrairement aux tours défensives, elle fut conçue comme résidence pour les évêques d’Agen, notamment Leonardo Grosso della Rovere (1487–1519) et son successeur Antonio della Rovere (1519–1538), dont les armoiries ornent la bâtisse. Son emplacement pittoresque, à la confluence de deux coteaux dominant une vallée, et son absence de dispositifs militaires (meurtrières, pierres d’attente) confirment sa vocation résidentielle et symbolique, peut-être inachevée ou partiellement détruite.
Dès le XVIIe siècle, la tour fut réaffectée en clocher pour l’église Notre-Dame voisine, comme le note l’évêque Claude Joly en 1668, qui la décrit comme « imparfaite » mais abritant deux cloches. Au XIXe siècle, elle était semi-ruinée, avec des divisions intérieures disparues et une partie supérieure effondrée. Georges Tholin, dans la Revue de l’Agenais (1889), en dresse un état désolé avant les restaurations entreprises à partir de 1888. Ces travaux lui donnèrent son aspect actuel : balustrade, contreforts à pinacles, et couverture conique en ardoise ajoutée vers 1910. Classée monument historique en 1883, elle fut même transformée en château d’eau en 1957 (réservoir abandonné en 1974).
La tour se distingue par son plan hexagonal, sa tourelle d’escalier à vis extérieure (122 marches), et ses fenêtres aux styles variés : Renaissance au premier étage (meneaux, frontons), tréflées au deuxième, et larges baies au troisième. Les restaurations récentes (2007–2013) ont permis de démanteler le réservoir, restituer un plancher, et replacer les cloches. Malgré ces interventions, les planchers intérieurs restent à réaménager. L’édifice illustre ainsi les mutations fonctionnelles d’un patrimoine médiéval, entre faste épiscopal, utilité paroissiale, et préservation moderne.
Les sources soulignent son caractère hybride : fantaisie architecturale d’évêques italiens, clocher improvisé, et symbole local. Les traces de projectiles évoquées par Monumentum suggèrent des destructions passées, tandis que la tradition orale insiste sur son inachèvement. Aujourd’hui propriété communale, elle domine toujours le village, témoin des ambitions Renaissance et des adaptations successives d’un monument à l’histoire mouvementée.