Origine et histoire du Château d'Aubusson
Les ruines du donjon du XIe siècle, dominant le site d’Aubusson, marquent les origines anciennes de cette cité fortifiée. Les vicomtes d’Aubusson, branche de la Maison de Limoges, y élevèrent un donjon sur l’emplacement d’un castellum romain entre le Xe et le XIe siècle. Le plan des fortifications fut développé trois siècles plus tard, reflétant l’évolution des besoins défensifs de la vicomté.
Entre 1470 et 1475, Jacques d’Armagnac, comte de la Marche, fit construire un corps de logis dans l’enceinte, transformant la forteresse en une résidence seigneuriale plus adaptée à son rang. L’ensemble adopta alors une forme ovale allongée, occupant toute la terrasse surplombant la ville. Ces aménagements marquèrent l’apogée architectural du site, avant son déclin politique.
La forteresse fut presque entièrement rasée en 1632 sur ordre du cardinal de Richelieu, dans le cadre de sa politique de démantèlement des places fortes intérieures jugées rebelles ou inutiles. Ce démantèlement systématique visait à affaiblir les pouvoirs locaux et à centraliser l’autorité royale. Seuls subsistèrent des pans de murs sud et ouest des constructions de la fin du XVe siècle.
En 1673, les ruines accueillirent le chapitre collégial du Moutier-Rozeille, transféré à Aubusson après la destruction de son site d’origine. Ce chapitre, communauté de chanoines, donna son nom à la colline (colline du Chapitre) et occupa les vestiges jusqu’à la Révolution. L’ensemble conservait alors une fonction religieuse et symbolique, malgré la disparition de sa vocation militaire.
Aujourd’hui, les vestiges du château, protégés depuis 1964 au titre des Monuments Historiques, se limitent à un pan de mur sud et une partie du mur ouest des bâtiments érigés entre 1470 et 1475. Leur état de conservation reflète les destructions successives et l’absence d’entretien régulier, bien que la commune en soit désormais propriétaire. Ces ruines rappellent le rôle stratégique d’Aubusson, carrefour entre Limousin, Auvergne et Marche, et le pouvoir des vicomtes locaux avant leur intégration progressive au domaine royal.
La colline du Chapitre, sur laquelle s’élèvent ces vestiges, offre un point de vue sur la ville et la vallée de la Creuse. Ce site, bien que peu mis en valeur, reste un témoignage tangible des transformations politiques et architecturales de la région, du Moyen Âge à l’époque moderne. Son histoire croisée avec celle de la tapisserie d’Aubusson, activité majeure depuis le XIVe siècle, illustre le passage d’une économie féodale à une prospérité artisanale et commerciale.